La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

204 LA RE\'lJE SOCIALISTE les promenades, la pêche. Un jour il est rentre aYcc tout un attirail de lignes, d'hameçons, de filets. Thfoph ile s'est esclaffe. - C'est a YOUS,pcrc, CCfourniment ? Le panne Yieux. tremble maintenant dcYant le ton sec et le petit rire impertii1ent de son gendre; il a monté ses engins au grenier pour n'en plus les sortir. Il a essaye de jardiner, ses mains noires de terre, ses Yêtements souillés « lui donnaient l'air d'un terrassier. » Il s'est résigne et passe de longues journées assis dans un coin, silencieux, le regard fixe, l' œil Yitrcux.. Peut - être essaie- t-il de distinguer encore dans le lointain de l'invisible le rêYC de bonheur pour lequel il Yi,·ait jadis et que le prescnt lui rend plus cher que jamais; peut-être simplement, est-il plié a son existence passiYe d'être inutile et neglige, et sa rhcric n'est-clic qu'une torpeur ?Regards profonds et regards Yidcs ont la même ex.pression. La lueur Yaguc mi-rniléc qui éclaire les yeux. des poétcs brille au fond de ceux. des J.?ctits enfants. Un jour on trouva M. Balard, q"ui depuis quelques semaines ne parlait presque plus, chantant et riant. Il ne reconnut pas sa fille. Le médecin, consulté, parla de ramollissement du ccrYeau et, sur les instances de Ramoin, indiqua un asile où le malade serait bien soigné. Indifférent et morne, le Yieillard s'y laissa transporter. - Il y a, dans cet etablisscment, aYait dit Théophile, tout un système <l'appareils hydrothérapiques que nous ne pourrions aYoirchez nous. Tous les dimanches, maintenant, Mme Ramoin Ya embrasser son père qui la reconnait à peine et lui parle sans cesse de sa « bonne Yieille \'ictoirc ». Elle ne manque point de lui porter des confitures et du chocolat. * * * Quand ?-.1.Ramoin sort, l'après-midi, son appareil photographique au dos, il s'arrt'.:tc pour donner des sous aux. petits gueux. qui trottent par la route, ébouriffés sous le soleil, en haillons, leurs pannes pieds nus dans la poussière. Et les commères assises sur le pas des portes admirent, saluent respectueusement, quand il passe. - C'est du bon monde, disent-clics, et pas fier. - Un honnête homme, ajoutent les Yoisins. Grâce aux. efforts d'un marchand de Yins, dont il a fait le portrait et auquel il a promis de faire déplacer à son aYantagc le bureau des tramways, M. Ramoin vient d'être elu conseiller municipal. On parle déja de ses chances aux. prochainc.s élections legislatiYes, comme candidat du gouYcrncmcnt. PAUL LAGARDE.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==