2CO LA RE\TE SOCIALISTE - Mais non, fillette. Et toi, ce \'Oyage ... - Bonjour, père. A son tour, le jeune homme qui ,·ient de faire descendre les bagages s'est a\'ancé. Cette \'Oix aigrelette, cette haute taille serrée dans le vêtement de ,·oyage, ce regard froid, cette barbe noire, semblent imposants au « patron » et c'est presque a\'ec déférence qu'il serre la main Yers lui tendue, sa grosse personne un peu courbée, un sourire élargissant sa face rougeaude, épaississant les plis oü sont enfonces ses petits yeux : - Mon gendre! ... Cc soir, M. Balard est tout guilleret. Quand, pour le dîner, on passe dans la salle a manger, desireux d'exprimer sa joie, il met une petite tape sur la joue de sa fille: - Allons, Lolotte, fait-il, bonhomme, embrassez ,·otre vieux papa. Et, pendant que Lolotte, obéissante, tend la joue, Ramoin, doucereux, ricane. - Ne trou\'eZ-\'OUS pas, père, que. de Yous entendre ainsi parler a Louise comme si elle jouait encore au cerceau, il est des gens qui pourraient rire. « Père >> est tout décontenancé. Il léYe la tête pour répondre, mais deYànt la politesse impertinente du sourire de son gendre, il reste bouche bée, ses petits yeux roulant, inquiets. Il Youdrait pouYOir parler, mais le regard clair de Ramoin le glace et, comme un enfant pris en faute, il balbutie, presque humble. - C'est Yrai, Théophile, n"!ais je suis vieux et les anciennes habitudes sont tenaces. - Bah! on arriYe a les déraciner quand on a peur du ridicule. Cette fois, la \'Oix est encore plus tranchante, le son plus nette-. ment dédaigneux, M. Balard ne peut plus résister. - J c m'y efforcerai, Théophile, dit-il tn:s conYaincu, \'OUSayez raison. Et on parle de la Yigne qui, cette année est belle. Louise d'ailleurs n'a pas semblé entendre. C'est une grande fille sèche, au regard Yague, indolente comme son pcre, passiYe et douce comme sa mcre. L'admiration craintiYe qu'elle a pour son mari lui arrêterait dans la gorge toute contradiction si clic pou\'ait même en arnir l'idée. Ramoin, de sa. voix scchc et sans inflexions, dit ses impressions de \'oyagc : - La triste chose que la campagne, surtout quand on y a des parents ! Les interminables courses en carriole sous le soleil, les Yisitcs a tous les cousins, les inéYitablcs petits \'erres, les liq.ucurs de
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