La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

• LES HONNÊTES GENS 199 - Dix mille francs de rente nous tombent dti ciel, aYait déclaré M. Balard, et grave, remettant dans l'enveloppe la bienfaisante lettre, il avait ajouté : - Nous allons nous retirer. Sa femme aYait souri; timidement, de sa voix douce d'enfant craintive, elle avait hasardé : - Nous pourrions marier Louise. Puis, sans bruit, avait repris sa besogne. • Un mois plus tard la mercerie était vendue et une maison achetée près de Rueil « pas trop loin de Paris, près de la Seine, a côté des bois» comme avait dit le « patron » pour expliquer son choix. Même un prétendant à la main de Louise était agréé et admis a faire sa co~1r. C'était vraiment un jeune homme << très bien» que M. Théophile Ramoin, et si instruit ! Un revers de fortune l'avait obligé a abandonner des études de médecine a peine commencées et a accepter un poste d'employé dans une compagnie d'assurances. Un brusque accident vint jeter le trouble dans cette félicité. A l'improviste, MmeBalard mounlt, étouffée par une maladie de cœur. Peut-être la douce et vaillante petite femme ne pouvait-elle s'accoutumer a cette nouvelle existence· d'inaction ; toujours silencieuse, elle disparut sans une plainte, petite flamme vacillante et qui, désormais inutile, s'éteignait. Louise ressentit violemment ce coup. Seule, sa mère avait mis quelque douceur affectueuse dans son existence presque toute végétative d'enfant poussant trop vite. Elle pleura pendant plusieurs jours, puis la barbe noire et les fadeurs de son fiancé aidant, on refit des plans d'avenir. Des mois coulèrent. Devant quelques amis, le mariage fut célébré, très simplement, et M. Ramoin emmena chez lui, en Bourgogne, sa jeune femme pour lui faire connaître ses nouveaux parents. Déjà quinze jours qu'ils sont partis, M. Balard les attend aujourd'hui. Il a joui si délicieusement de sa tranquillité solitaire, des petits soins attentifs de Victoire, qu'il ne s'est point ennuyé. Pourtant, il commence a. s'impatienter. A plusieurs reprises il a tiré sa montre. Il est prés de six heures. Bientôt lè grondement habituel fait trembler les arbre-s, un appel aigu de trompette déchire l'air. C'est le petit train de Paris. Sans doute, les enfants l'ont pris; M. Balard boutonne son gilet, met sa pipe dans sa poche. « Mon genC:re, se dit-il, est si comme il faut! 11. Les wagons s'arrêtent, Louise saute dans les bras de son père. ' Bonjour, Lolotte !. .. Bonjour papa, tu ne t'es pas trop ennuyé.

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