LA LOI DU PROGRÈS I I . Cc n'est plus Je-« contrat social >>tel que l'aYait conçu J.-J. Rousseau, ne voyant d'autre fondement d'une société juste et égale pour tOLfs qu'un contrat social librement consenti par tous, dans lequel les droits de tous seraient garantis, mais qui deYait être imposé par la YOlonté générale, c'est-à-dire par la souYcraineté du peuple, attendu que « la prcmicre et b plus importante conséquence des principes ci-devant établis est que la volonté générale peut seule diriger les forces de l'État selon la fin de son institution, qui est le bien commun. Le pacte social renferme tacitement cet engagement, qui seul peut donner de la force aux autres, que quiconque refusera d'obéir à la Yolonté générale y sera contraint par tout le corps, cc qui ne signifie autre chose sinon qu'ôn le forcera d'être libre » (r). Cc systcmc suppose que « la Yolonté gcnéralc est toujours droite et tend toujours a l'utilité publique» (2), ce que Rousseau lui-même ne peut admettre, car, « pour qu'un peuple naissant puisse goûter les saines maximes de la politique et suivre les rcglcs fondamentales de la raison d'État, il faudrait que l'effet pût dcYenir la cause; que l'esprit social, qui doit être l'ouvrage de l'institution présidât à l'institution même, et que les hommes fussent aYant les lois cc qu'ils doiYcnt devenir par clics. Ainsi donc, le législateur ne pouYant employer ni la force, ni le raisonnement, c'est une nécessité· qu'il recoure à LUlC autorité d'un autre ordre, qui puisse entraîner sans Yiolence et persuader sans contraindre. Voila cc qui força de tout temps les pcrcs des nations à recourir à l'intervention du ciel, et d'.honorer les dieux de leu\· propre sagesse>>(3). En réalité, la doctrine du contrat social, ainsi comprise, conduit au despotisme, comme Robespierre s'est suffisamment chargé de le démontrer. Il ne suffit point de conccYoir le « souYCrain bien », de le placer dans le « bien de tous », d'abord parce que nous n'ayons aucun moyen infaillible de distinguer le « souverain bien », ensuite parce que le « souverain bien >> n'est point une chose fixe, absolue, immuable, adéquate à tous les temps et à tous les lieux. C'est toujours la même erreur des theorics et conceptions absolutistes, c'est toujours la dangereuse illusion des doctrinaires de toutes les écoles, qui a gâté et fait échouer en partie l'œuvre grandiose d'émancipation de l'humanité de notre Révolution de 1789. Toute autre est la conception moderne du caractère contractuel de l'éYolution sociale (4). Il ne s'agit plus d'un pacte définitif, qu'une (r) Cou/rat social, liv. 1, ch. v1. (2) Contrat social, liv. 1, ch. v11. (3) Co11trat social, liv. rr, ch. vm. (4) Voir à ce sujet : A. Fouillée, Idée moderne du Droit; Scieuce sociale, de Greef; lntrod11ct. à la Sociologie, 2 vol.
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