ro LA RE\'UE SOCIALISTE rctrouYons, à propos du progrès, la même question de doctrine qu'à propos de la connaissance en géncral et de toutes nos connaissances ou doctrines en particulier. Sous cc rapport, nous pourrions comparer l'histoire de l'idcc du progrès à l'histoire de la mC11talité humaine. Depuis Platon et Aristote, nous rctrouYons toujours d'un coté les rationalistes ou utopistes qui se construisent une sociétc idéale, rité ou Rép11bliq11e, déclarent que le progrès consiste à se rapprocher de cet idcal et que la raison d'être de tout gouycrncmcnt est d'en imposer la réalisation : c'est la doctrine de l'autorité sous toutes ses formes, c'est la croyance au rôle effectif ou providentiel des gouYcrncments, c'est le principe de toutes les dominations et la source de toutes les tyrannies, sous le fallacieux prétexte du cc som·crain bien », l!U cc bien public », du cc clcYoir des gouYcrnants i>-, du « droit de la raison », de la cc souYcraincté du peuple ii ou des cc droits de l'humanité i> : d'autre part sont les observateurs ou cxpérimentalistcs, qui recherchent cc qui a existé, ce qui existe, et s'efforcent d'en déduire cc qui existera ou cc qui pourrait être rcalise. Malheureusement, par suite de la tendance inhérente à l'esprit humain de genéraliser trop vite et de transformer trop facilement en axiome ou en cc principe absolu i> les moindres constatations de rapports entre les phénomènes, qui se trouYcnt ainsi décores du nom magique de lois naturelles, les meilleurs essais de doctrines politiques, basées sur l'obserYation et l'expérience, ont éte trop souYcnt, comme celles d'Aristote, gâtecs par la meconnaissance de l'essence même de la Yitalite des civilisations qui est le mouYcment, le changement continu et incessant, regle, determiné, conditionné par l'organisation sociale, impliquant, pour toutes les societés, la nécessité de s'adapter et se réadapter sans cesse à leurs conditions d'existence. AYant Vico, on expliquait l'histoire par les dieux, les heros et les grands hommes; le premier, il a montre que la civilisation est l'œm-rc de l'activité humaine : cc Il a éte le grand introducteur des peuples dans l'histoire. ii (De Ferron). Montesquieu a fait intcr\'cnir le milieu social, le climat et les institutions politiques. Turgot a développé magistralement le principe de la pcrfcctibilite humaine. Condorcet a fait un pas de plus en montrant que la connaissance du passé pouYait nous donner le moyen de réaliser le progrès dans l'aycnir. Mais il faut arriver jusqu'à Saint-Simon pour trom·cr la naie conception du progrls social dans le perfectionnement de l'orcranisation sociale en se ::, ' basant sur la capacité et le traYail et non sur le hasard de la n~,issance. C'est la cc substitution du jeu naturel des forces sociales aux institutions factices du passe », et par conséquent la substitution de l'actiYité humaine à la contrainte des lois ou de la force aveugle : c'est la reconnaissance et la proclamation du caractlrc contractuel _que nous Yoyons dcYcnir de plus en plus predominant dans les nations modernes.
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