LA REVUE SOCIALISTE dettes, sans préjudice pour les prêteurs, qui trouYaient une compen5ation suffisante dans le taux usuraire des emprunts, toujours contractés avec la clause tacite de non-remboursement. La Révolution, fidélc en cela aux traditions des précédents régimes, n'hésita p_as a reduire. d'office le capital de la dette et a suspendre le service des arrérages. Mais les gouYerncments qui ont pris la suite de la Révolution, sans en excepter la République de 1848 ni la Rcpublique actuelle, ont respecté le droit des rentiers : c'est a~nsi que notre dette est montée a 39 milliards et qu'ellcabso_rbe r,200 millions par an, plus du tiers des recettes budgétaires. Les rentiers d'aujourd'hui sont cependant les mêmes que ceux d'autrefois, leur situation vis-a-vis de l'État n'a pas changé : prêteurs a usure, ils ont profité de la détresse publique pour s'enrichir ; les conditions léonines qu'ils ont dictées a l'État ont été entachées de nullité dés quc les circonstances qui les avaient imposées ont disparu; ils sont d'ailleurs remboursés une ou plusieurs fois de leurs avances, sauf en cc qui concerne les emprunts les plus recents; enfin; seuls bénéficiaires de notre ordre social, fondé sur la guerre, ils devraient seuls supporter les frais de la guerre, qui a institue cet état social et qui le maintient. Le peuple, lui, ne doit rien, parce qu'il n'a rien reçu. Au contraire, il n'a jamais cessé d'être spolié; il n'a retire de la guerre et de l'unite nationale que des impôts devenus perpétuels, plus lourds et plus durement perçus a mesure que le pouYoir central se fortifiait et s'organisait. Mais comment pouvons-nous résister à la charge formidable de notre dette publique ? - La réponse est fournie par les journaux, chaque fois que le gouvernement cmct un nouYel emprunt. Ils disent avec orgueil que nous avons « le premier crédit du monde ». Cela signifie que la France est, de toutes les nations, la plus .asscrYic. La confiance que nous inspirons aux souscripteurs des emprunts proYient de la facilité avec laquelle les impôts sont acceptés, de la patience inépuisable, de la sottise des contribuables français, qui ont plaisir a se laisser tondre, qui tendent l'échine aux coups de bâton, trouvant toujours la main qui frappe trop légére, le gendarme trop aimable, le percepteur trop généreux. Que vaudraient les emprunts, la rente et le crédit,. si le peuple ctait moins placide et refusait l'impôt ? Les rentiers ont foi dans la perpétuite de la rente : cela veut dire que les Français sont esclaYes à perpétuité. MAURICE CHARNAY.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==