LA DETTE PUBLIQUE 181 ment que les autres prêteurs de l'État », à qui l'emprunt de 1871 avait assuré un intérêt de 6.33, celui de 1872, un intérêt de 6.20 °/o• On choisit naturellement l'intérêt le plus élevé, et l'annuité fut cal-: culée comme si les 325 millions, dûs non par la France, mais par l'Allemagne, eussent pû être remployés dès 1871 en titres de rente. On emprunta au taux exorbitant de 6. 33 °/o, pour rembourser une . dette qui resta impayée, et ce même taux fut reconnu pendant quatre-vingts ans, - autant dire à perpétuité, - à la Compagnie de l'Est, qui, dans l'hypothèse du remboursement, ne pouvait retirer de son capital un intcrêt supérieur a 5 °/o, le succès du dernier emprunt devant bicnt6t faire monter la rente au-dessus du pair. Le bénéfice des actionnaires fut de 4,250,000 francs par an; aussi leurs actions passèrent-elles immédiatement de 500 a 525 francs, quelques jours après la nouvelle convention à 535 francs. Un autre résultat de cette combinaison fut de mettre la Compagnie de l'Est à l'abri des conversions ultérieures. Etant créancière d'une annuité et non d'une rente, clic continuera à recevoir 6. 33 °/o, tandis que les souscripteurs des emprunts de 1871 et 1872 oqt été réduits à 4 1/2, puis à 3 1/2. Il n'est guère possible d'évaluer les gains des actionnaires, surtout si, comme il est probable, la valeur de l'argent continue à diminuer; mais ils ne seront pas inférieurs â un milliard. Ce sera également le chiffre des pertes éprouvées par les contribuables, qui sont traités par leurs compatriotes de la bourgeoisie financière beaucoup plus durement que par les Prussiens pendant tout le temps de l'occupation; l'ennemi se contentait de 5 °/ 0 : lorsqu'il eut évacué le territoire, la France dut payer une nouvelle rançon aux capitalistes français; elle la paiera jusqu'en 1954. * * * Je pourrais continuer à passer en revue les procédés financiers des gouvernements qui se sont succédés depuis cent ans; mais j'en ai dit assez pour montrer comment s'est formée la dette publique. L'emprunt est né de la guerre, et il a poür conséquence l'impôt; L'impôt est devenu perpétuel, alors même qu'il a cessé de servir <le gage à l'emprunt; il a toujours été levé au moyen de taxes indirectes et de droits de consommation, de manière à frapper presque exclusivement les pauvres. . Enfin, jamais l'État n'a :·eçu la totalité des· sommes dont il s'est reconnu créancier; la différence est parfois de plus de 50 °/ 0 • Sous l'ancienne monarchie, l'administration· était trop rudimentaire pour que le service de l'amortissement et des intérêts se fit régulièrement; les rois pouvaient violer leurs engagements et renier· leurs
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==