La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

180 LA RE\.UE SOCIALISTE ·355 millions et inscrire au budget ro millions et demi pour les arrérages; soit un endettement supplémentaire de 105 millions et une -économie annuelle de 4 millions et demi, puisque l'interêt total des oblioations était de 1 5 millions. 0 . Au lieu de cela, on fit une conversion aYcc soulte en 3 °/o• Le porteur d'une obligation de 500 francs, qui aYait un reYcnu de 30 francs, reçut un titre de rente d'égale somme, - ce qui doublait son capital, - et Ycrsa 124 francs. L'État encaissa de cc chef 62 millions; mais il reconnut une dette de 500, et il continua à payer les r 5 millions ·d'arrérages, et il les paye encore, comme si nous étions encore à l'epoquc exceptionnelle où l'emprunt Morgan fut contracté. Ajoutons que la prime offerte aux banquiers lors de la souscription était de 75 francs par titre, que l'État ne reçut que 208 millions au lieu de 250; la soulte de la c01wersion porte à 270 millions la somme encaissée par l'État, qui s'est engagé d'autre part à en rembourser 500; prime totale, 46 °/o• Quant aux porteurs, Yoici leur situation au moment de la conYersion. Ils a,·aicnt Ycrsé 425 + 124 = 549 francs, qui, placés en 3 °/o, au cours de 70, auraient donné un rcYcnu de 2 3 fr. 53 : ils allaient toucher 30 francs; s'ils préféraient Ycndre, ils pouYaicnt réaliser immédiatement un bénéfice de 151 francs par titre (700 - 549 = 15 1); au total, 75 millions que se sont partagés les banquiers et leurs complices. * * * Il y eut d'autres scandales financiers depuis la chute de l'Empire, tous les jours il s'en produit de nouYeaux; mais le plus innaiscmblablc fut certainement le réglcment de l'indemnité accordée à la Compagnie du Chemin de fer de l'Est, pour les lignes situées sur le territoire des proYinccs annexées. Il avait été stipulé, par le traité de Francfort, que cette indemnité, fixée à 325 millions, serait déduite de la rançon de 5 milliards, et l'État s'engageait à payer à la Compagnie l'intérêt à 5 °/o, soit 16,250,000 francs. Les emprunts de 1871 et 1872 ayant été exceptionnellement ayantagcux pour les souscripteurs, exceptionnellement onéreux, par conséquent, pour le pays, au lieu de rembourser la Compagnie de l'Est, l'État garda les 325 millions, qui furent sans doute gaspillés d'une manière quelconque, et transforma les 16,250,000 francs d'intcrêts en une annuité de 20,500,000 francs, payable jusqu'à la fin de la concession, en 1954. C'est l'Assemblée nationale, par la loi du 17 juin 1873, qui fit ce cadeau rü)'al aux actionnaires de la Compaonie de l'Est· « il eut été ' 0 ' injuste, lit-on dans l'exposé des motifs, de les traiter moins favorable-

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