La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE de nullité par cas de force majeure : c'est évident, au moins de la part du prêteur, qui voyait le risque, l'acceptait librement et le faisait payer très cher; d'avance, il se considérait comme suffisamment désintéressé, lorsqu'il aurait recouué son capital, plus un bénéfice quelconque. Les liquidations de Sully, de Richelieu, de Colbert, du Directoire, et toutes les autres réductions forcées ne laissent donc rien à désirer sous le rapport de l'équité. Nous avons changé tout cela. En apparence, l'intérêt de l'argent s'est fortement abaissé depuis cent ans ; l'État n'a emprunté qu'une seule fois au taux de 6 °/o (emprunt Morgan), le reste du temps à 5, 4 1/2, 4 et 3 °/o. Voyons la réalité. Lorsque l'État reconnait au souscripteur d'un emprunt la rente d'une somme de 100 francs, il reçoit toujours, d'une manière in\'ariable, une somme inférieure à 100 francs (1), qui peut descendre jusqu'à 52. 50 (emprunt de 1817), et même jusqu'à 45 francs (emprunt du 29 juillet 1848): la moyenne pour l'ensemble de la dette se trouve entre 70 et 75 francs. Le 6 °/o devient ainsi du 8.15 (emprunt Morgan); le 5 °/0 du 9.52 (emprunt du 10 février 1817), du 6.33 (emprunt de 1871); le 3 °/o du 6.66 (emprunt du 29 juillet 1848); du 3.75 (amortissable); du 3.76 (emprunt de 1886); du 3.24 (emprunt de 1891). Le taux moyen de notre dette ressort à 3. 1 3 °/o, alors que l'Angleterre emprunte couramment à 2 1/2,- cc qui n'empêche pas les badauds de lire avec plaisir dans le journal que la France a le premier crédit du monde. * * * La bourgeoisie a reçu une prime de 10 ou 11 milliards depuis cent ans, un cadeau pur et simple, dont nous payons, en outre, l'intérêt depuis !',origine de la dette, au même titre que l'intérêt des sommes qui sont entrées dans les caisses de l'État. Elle prête à usure comme aux plus mauvais temps de la monarchie. Mais l'écart entre le capital nominal et le prix d'emission, toujours fixé au-dessous du pair, n'aurait pas suffi à lui seul à constituer une aussi énorme difference. Les financiers, dans le but d'augmenter leurs bénéfices sans soulc\'er trop de protestations, ont imaginé les (1) li faut noter une exception : en janvier 1830, la maison Rothschild souscrivit un emprunt de 78 millions, en 4 o/o a 102.07 1/2. li est vrai que le 4 o/o approchait du pair et qu'une conversion pouvait paraitre imminente, qui aurait abaissé les bénéfices des rentiers fort au-dessous de 3.92, taux réel de l'emprunt de 1830, et que le souscripteur se serait trouvé pour longtemps à l'abri de toute réduction. La Revolution de 1830 fit avortt:r la combinaison, et, par extraordinaire, l'État profita de la prime au lieu de la payer.

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