La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA LOI DU PROGRtS 9 nombre d'indiYidus, a lieu sous l'empire de quelque fait particulier qui a frappé leur esprit. Ainsi les définitions scientifiques sont, en général, beaucoup plus l'.:troites, et, par cela même, beaucoup moins Haies au fond que le sens populaire des termes. En étudiant comme un fait le sens du mot civilisalio11, en recherchant toutes les idées qui y sont comprises, scion le bon sens des hommes, nous aYancerons beaucoup plus dans la connaissance du fait lui-même que si nous tentions d'en donner nous-même une définition scientifique, parût-clic d'abord plus claire et plus précise » (r). Pour Condorcet, l'idl'.:e de progrcs SC ramcnc tout cnticrc a l'idl'.:c de perfectibilité indl'.:finic de l'humanité, cette idcc nous est imposl'.:e par l'obscrYation du passé; l'histoire de l'humanité nous enseigne les moyens d'assurer et d'accélérer tous les perfectionnements dont l'homme est susceptible. « Si l'homme, dit-il, peut prl'.:dire aYec une assurance presque enticrc les phl'.:noménes dont il connait les lois; si lors même que ces lois lui sont inconnues, il peut, d'aprés l'expérience du passé, préYoir aYec une grande probabilitl'.: les éYl'.:nements de l'avenir, pourquoi regarderait-on comme une entreprise chimérique celle de traœr, aYec quelque Yraisemblance, le tableau des destinées futures de l'cspccc humaine d'apn::s les n'.:sultats de son histoire? Puisque les opinions, formées cl'aprcs l'expérience du passé, sont la règle de conduite des hommes les plus sages, pourquoi interdirait-on au philosophe d'appuyer ses conjectures sur la même base, en proportionnant la certitude au nombre des observations? » Le progrcs n'est point une chose absolument « continue, inflexible, uniforme, geométrique; il n'est point une série ininterrompue de conquêtes de la ciYilisation sur la barbarie, de la science sur l'ignorance, de la liberté sur le despotisme, de la richesse sur la misére, du bien sur le mal >> (\'acherot); « il ne consiste pas plus a remplacer les institutions anciennes par des institutions nouvelles sans précédents, qu'il ne consiste pour l'homme a remplacer ses facultés actuelles par des facultés inconnues. Le progrcs consiste dans le perfectionnement de tout ce qui a existé et de tout ce qui existe » (2). L'idée de progrcs a toujours impliqué un idéal social: aussi la conception du progrés a-t-elle Yarié suiYant les temps et les lieux, et a-t-elle toujours été étroitement dépendante de la conception générale des choses, et particulièrement de la conception des choses sociales. De là les appréciations et les théories les plus diverses qui ont été émises sur le progrés et sur les moyens de le réaliser. Au fond, nous (1) Guizot, His/. de la Civilis. en Europe. (2) De Ferron, Théorie du progres, 11, p. 560.

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