La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

172 LA REVUE SOCIALISTE .qui leur était légalement· dû. Comme compensation, la rente fut exemptée de tout impôt (r). Financièrement, l'opération fut excellente pour les contribuables: logiquement, elle ne s'explique pas. Pourquoi cette proportion du tiers, plutot que la moitié ou le cinquicme? Ou bien les créances sur l'État aYaicnt un caractcre authentique, et il fallait les reconnaître intégralement ; ou bien clics provenaient de dons gratuits et de combinaisons illicites du genre de celles qui se pratiquent encore journellement d'un commun accord entre les financic~·s et ·1cs gou~er.nants, et, dans cc cas, elles dcnient être purement ·et· simplement annulées. C'est -cette derniére solution qu'auraient choisi des réformateurs socialistes, mais pour une autre raison : les riches étant les seuls bénéficiaires de l'ordre soc.ial créé par la guerrè, les dépenses occasionnées par la ·guerre doivent tout entières leur incomber. D'autre part, il n'existe -pas de dette perpétuelle, la solidarité qui unit les générations successives finissant dès que l'avantage corrélatif de la dette peut être mis en doute : l'héritage du passé ne doit être a~cepté que sous bénéfice d'in-· ventaire. Reconnaissons, toutefois, que le Directoire fit prcuYe d'une ·audace admirable, et rendons hommage a ces révolutionnaires, nous ·qui payons encore la rcnt·c du milliard des émigrés. • Les impôts suiYant toujours le mom;eincnt des cinprunts, le budget des recettes, après s'être élevé à 900 millions a la fin du règne -de.Louis xvi, n'est plus, cn,l'an:VIII, que de 539 millions. La RcYOlution avait emporté la plupart des impôts indirects, surtout ceux dits de consommation, et nous avons ici une sorte de contre-épreuye des observations faites antc-rieurement.. Mais' cin rétablira les impots indiTècts aLlfur ·et a 1ncsure que de nouveaux emprunts seront contractes et que· la rente envahira· le· budget. En 1800, ils se chiffrent par :148 millions, soit ·29 °/o des recettes, contre 53 ¾ en 1775 et 86 % -en 1894 : nous sommes donc plus prcs de Louis XV que sous la RéYolution. * * * Le point de départ de la nouYellc progression des impôts est le premier Empire. L'histoire nous apprend que Napoléon restaura les finances, cela yeut dire qu'ayant besoin du concours de la bourgeoisie, il lui assura le paici11ent régulier de ses ~en~cs; qu'il fit la guerre, cela (1) On invoque encore maintenant cette exemption inscrite dans la loi de Iï9ï, chaque fois qu'il est question de mettre un im'p6t sur la ren.tè, bien que les situations soient absolument diflërcntes ; il est impossible de comparer Je sort des rentiers dont le capital a".ait été réduit de 95 °/. et qui ne tovchaient plus d'arrérages, a\'CC les privil<!ges èlcs rentiers d'aujourd'hui.

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