170 LA REVUE SOCIALISTE prétexte de travailler à l'unification du pays; et le peuple avait été soumis, par la voie des emprunts et des impôts, à la plus exécrable des servitudes. A la place des seigneurs, on mit des fonctionnaires, des traitants, des collecteurs d'impôts; mais, tandis que les premiers vivaient parmi leurs serfs et leur payaient quelquefois en protection les subsides qu'ils leur extorquaient par la force, les autres n'étaient que les agents irresponsables d'un pouvoir lointain et sacrifiaient de plus en plus les intérêts de la nation aux appétits d'une oligarchie. A la place des privilèges, on mit la rente, cent fois plus dangereuse, parce qu'elle est impersonnelle et qu'elle défie les résistances individuelles. On épiloguera tant qu'on voudra sur les mérites respectifs de la féodalité et de l'unité française; il reste un fait : l'unité est le produit des guerres, des emprunts et des impôts, autant d'événements dont le résultat fatal devait être la situation intolérable qui ne pouvait se dénouer que par un boulevenement général. La Révolution, au moins dans ses tendances, apparaît ainsi comme une réaction en faveur de l'individu,• comme un véritable retour en arrière. La guerre seule l'a fait dévier de son but. Sans doute, on ne voulait par rétablir la féodalité, ni le servage, mais secouer le joug de l'impôt sous toutes ses formes et des autres obligations qui, par les mille liens du pouvoir centralisé, a\'aient rendu plus douloureux les rapports entre riches et pauvres. Ce que j'ai voulu indiquer, dans ce trop rapide historique d'une question qui demanderait des volumes, c'est que l'impôt, dont l'emprunt n'est qu'une forme hypocrite, est la conséquence de la guerre, et qu'il a fallu faire la guerre pour arriver à l'unité. Or, jusqu'à 1789, les bienfaits de l'unité ne se traduisaient que par l'impôt, en ce qui regarde la plupart des individus, - perçu en argen_t ou en nature, payé au roi ou aux seigneurs; - par l'extension de la propriété mobilière au moyen des emprunts, par la rente perpétuelle servie à la bourgeoisie, par l'entretien d'une classe toujours plus nombreuse de fonctionnaires, n'ayant d'autre mission que la perception de l'impôt et la préparation de la guerre. L'état présent a de singulières analogies avec celui d'où est sorti la Révolution. Comme il y a cent ans, nous sommes arrivés à la limite des sacrifices qu'il est possible d'exiger des individus, nous ne pouvons plus traîner le poids mort qui nous vient du passé : bientôt aussi, il nous faudr-a liquider. * * * Au commencement de la Révolution, d'après le rapport lu le 18 novembre 1789, a l'Assemblée Constituante, par le marquis de
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