La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA DETTE PUBLIQUE les emprunts de l'ancienne monarchie n'étaient presque jamais remboursés; il y avait, à défaut de mauvais vouloir, une sorte d'impossibilité matérielle, les organes qui relient entre elles les différentes parties du pays, et qui sont autant de moyens d'oppression, n'étant pas encore créés. Si le roi de France empruntait, par exemple, à Toulouse, les états du Languedoc étaient sans pouvoir contre lui, à moins de lui faire la guerre; et les sujets directs du roi ne dcYaient rien. Sous le régime militaire, tout le monde est garant et responsable : les bourgeois de Toulouse ont fait une excellente opération; mais les sujets, les contribuables, qu'ont-ils gagné au change? - Des impôts, qui servent à solder les emprunts, capital et intérêts; des coups pendant les guerres, qui ont rendu ces emprunts nécessaires. Quoi qu'il en soit, les sujets du bon roi Henri se faisaient quelquefois tirer l'oreille pour payer leurs contributions, surtout, ce qui n'était pas rare, lorsqu'ils ne pouYaicnt pas, ayant déjà donné tout leur argent aux traitants. On les mettait alors en prison ; celles de Normandie aYaient tant de pensionnaires qu'ils y pourrissaient et que, d'une seule fois, on en retira cent vingt cadavres (1). L'histoire appelle aussi Henri IV le « père du peuple ». * * * A partir d'Henri IV, on peut suine de plus près le mouvement des emprunts et des impôts, et l'on observe ce fait, indiqué plus haut, que le gage des emprunts est presque toujours fourni par les impôts indirects et de consommation, c'est-à-dire par les plus insupportables au peuple. Il n'y a pas d'exception depuis cette époque, pendant les trois siècles qui aboutissent à la nôtre. Les recettes de 1610, dernière année du règne d'Henri IV, s'élèvent à 31,437,671 livres, dont 11,500,000 livres d'impôts indirects, soit 36 °/o. En 1643, à la mort de Louis XIII, la proportion de ces mêmes impôts est de 40 °/o, 30 millions sur u_nbudget total de 75 millions: on avait émis dans l'intervalle pour 21,500,000 livres de rente. Richelieu reprend à l'égard des rentiers et perfectionne les procédés de Sully, Non seulement il rogne leurs revenus, lorsque l'argent manque, non seulement il les soumet à une série de réductions qui leur fait perdre en dix ans ( 1638-1648) plus de 125 millions, mais encore il a recours à l'emprunt forcé, à un taux imposé d'office et fort au-dessous du crédit de l'État. Sous Louis XIV~ le·s guerres se suivent sans interruption, les emprunts se chiffrent par centaines de millions et les impôts se multi- (1) La Rente el l'Impôl.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==