La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE « même, sont forcés, faute de bêtes, de labourer la charrue au col. Il « y en a qui n'osent cultiver que la nuit, par crainte qu'ils ne soient « pris de jour et appréhendés par lesdites tailles. Un plus grand nombre (< est mort de faim. On en a vu égorger par pitié leurs enfants, leurs « femmes et se poignarder eux-mêmes sur leurs corps expirants ». C'était sous le règne de Louis XI, l'un des « pères du peuple », celui de tous nos rois qui a travaillé le plus puissamment à l'unité de la France. Il sextupla les impôts, mais il vainquit Charles-le-Téméraire et s'empara de la Bourgogne, de la Provence, de l'Anjou, d'autres provinces. Résultat,-etJacques Bonhomme n'a jamais connu que celui-là, - les perceptions de ces pays se firent dorénavant au nom du roi de France, qui, tout en conservant les taxes locales, en établit de nouvelles pour son usage. « Les hauts seigneurs, disait-il, n'auront qu'à « gagner à ma mort; mais les pauvres sires seront désappointés de « tout, peut-être même pendus ». En réalité, les paunes sires ne furent ni plus ni moins pendus, mais ils ne virent jamais disparaître les impôts créés par Louis XI. * * * De tout temps, pour faire la guerre, les rois ont contracté des emprunts. Ils s'engageaient personnellement à rembourser capital et interêts. Plus tard, n'ayant plus de crédit, ils employèrent celui des communes, dont les bourgeois prêtaient au trésor royal les sommes nécessaires et recevaient en garantie le droit de percevoir les impôts. Le ministre de François Ier eut l'initiative de cet expédient financier; il fit emprunter au nom du roi, par la ville de Paris, 200,000 livres tournois au denier 8 (12 1/2 °/o); et il ctait entendu que « ladite « somme ne se pourrait bonnement fournir sans être taxée sur chacun « dès manants et habitants puissants d'ayder le Roy ». En bon français, les taxes perçues par la commune serviront de gage à l'emprunt fait par le roi; s'il rembourse, tant mieux, - mais avec quoi rembourserait-il, sinon avec l'argent des manants ? - s'il ne rembourse pas, les bourgeois ne risquent pas d'y perdre grand'chose; il leur suffira, pour rentrer dans leur capital, d'en toucher les intérêts pendant huit ans. De nombreux emprunts de ce genre portèrent les rentes sur !'Hôtel-de-Ville, à la fin du règne de François Ier, à la somme de 75,000 livres. C'est l'origine de la dette constituée, le point de départ de la politique néfaste qui consiste a dépenser par avance le revenu public et à donner aux détenteurs de la richesse une hypothèque perpétuelle sur les maigres ressources des travailleurs. A chaque nouvel emprunt, les bourgeois de Paris lèvent un nou~

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