La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE / lieutenant est particulièrement visé et joue toujours un Yilain rôle. Il est le séducteur par excellence, le don Juan professionnel. Le but principal de ses constants efforts, c'est d'embrasser les jeunes filles de famille dans les corridors sombres, de séduire la modiste de sa sœur ou de mettre à mal la femme de chambre de sa mère. La gloire militaire semble aux poètes du peuple une gloire de mauvais aloi. Ils refusent de fêter avec la bourgeoisie les anniversaires des grandes victoires de r 870- r 87 I. Le soir de Sedan, ils demeurent tristes et s'abstiennent d'arborer à leur fenêtre la bannière aux trois couleurs impériales. Ce leur paraît même un spectacle grotesque de voir des Allemands celébrer, comme un jour férié, l'anniversaire d'une bataille qui a causé la mort de tant des leurs. Nous célébrons l'anniversaire de Sedan, dit l'un d'eux, pour prouver à tous que nous sommes des héros. Si nous ne le disions pas, on ne voudrait pas le croire. De nos jours, le courage n'a pas l'occasion de se montrer. Il n'y a pas place au Reichstag pour les actions héroïques. Nous acceptons sans hésiter les coups de pied de Bismarck. Le souvenir de Sedan prouve que nous n'en sommes pas moins braves, cc nous couvrons du manteau du soldat la nudité du bourgeois ». L'empire allemand, né de la guerre, reste marqué, aux yeux des poètes socialistes, d'une tache indélébile. Je ne sais rien de plus tragique que la pièce suivante, intitulée : Noir, blanc, rouge - les couleurs du drapeau allemand-et portant en épigraphe cette date: 187 r. Noir est le péché, noire est la misère, noire est la nuit et noire est la mort. Pâle est la vengeance, pâle est l'anathème, pâle est la neige et pâle est le linceul. Rouge est la pourpre, rouge est le sang, rouge est le feu ardent qui dévore..... Les poctes républicains allemands dédaignent les vaincs animosités de race. Ils sont internationalistes, tout en restant profondément attachés à leur tradition. Cosmopolitisme et patriotisme sont, à leurs yeux, des termes qui ne s'excluent pas. Ils déplorent, par conséquent, la haine que le Slave et le Latin ont vouec au Germain, mais ils comprennent que l'Allemagne militaire, leur patrie, est un danger perpétuel pour l'Europe. L'un d'eux se repand en lamentations parce que les Tchèques ont fait une ovation cc à quatre étudiants français ayant déserté le quartier latin pour venir flâner à Prague ». Il ajoute : cc On exile les Juifs, on voudrait bien nous assommer tout simplement! » L'alliance franco-russe est scvèremcnt jugée par le même auteur : « Dans l'année du centenaire de la Bastille, dit-il au peuple français, le cosaque serait à ta droite? Laisse seul ton pavillon tricolore flotter à tous les creneaux de la Tour Eiffel. »

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