La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA POÉSIE RÉYOLUTIONNAIRE EN ALLEMAG>;E 157 C'est d'ailleurs un fait à noter que les réYolutionnaircs d'OutrcRhin parlent de la France en termes chaleureux qui prouYcnt plus qu'une vague sympathie. Le peuple français, plus qu'aucun autre, a droit, disent-ils, à l'admiration et à la reconnaissance de tous les démocrates. La France est pour eux le pays de la RéYolution, et le peuple français est « le premier qui se soit proclamé majeur». Dans une pièce de vers adressée à la Belle France, un poète anonyme s'exprime comme suit : Si tu connaissais mieux que tu ne le fais - hélas! - cc qu'on pense à l'étranger, tu saurais que les masses profondes de notre peuple... sont loin de haïr la France. Tu saurai.s aussi qu'entre le Rhin et !'Oder il y a une foule d'hommes instruits qui aiment passionnément la France ; elle a jeté au ruisseau tant de boue et de décombres! Et sur les éblouissants sommets de la pensée, dans l'air pur et vivifiant, n'a-t-elle pas montré aux autres le ch.:-mindu droit et de la liberté? Français et Allemands sont faits pour s'aimer et entretenir des relations de bon Yoisinagc. S'ils se détestent, c'est par suite d'un prodigieux malentendu dont M. de Bismarck est le principal auteur. Les socialistes allemands ont Youé à l'ex-chancelier une haine à mort; ils ne lui pardonnent pas les lois d'exception que, sur son initiatiYe, le Reichstag décréta jadis contre eux. Ils accablent le prince de sarcasmes et dressent contre lui un Yéritablc réquisitoire : Bismarck a préparé l'unité de l'Allemagne par une guerre fratricide a\"CCl'Autriche. Il a dilapidé le fonds gudfc pour sub,·entionner la presse des reptiles. Il a contraint l'Alsace-Lorraine à devenir allemande. Il a fait massacrer les nègres, il a tracassé les Juifs et les Polonais. Aujourd'hui qu'il a pris sa retraite, il gagne sa vie en faisant du reportage pour les Nouvelles hnmbourgeoises. Bismarck représente, aux yeux des poètes socialistes, l'idée de guerre, qui leur est odieuse, et le régime de la force brutale, qui leur répugne : ils ont eu trop à en souffrir. Ils accusent Bismarck d'entretenir les haines de classes et les rivalités de nation à nation. Il n'a pu, maigre tout, empêcher les travailleurs de se déclarer tous solidaires et de se tendre par-dessus les frontières une main secourable. Au Nord comme au Sud, s'écrie Fritz Kunert, à l'Est comme à-l'Ouest, les chaînes tombent, brisées. La nuit se dissipe. Partout, la garde se serre autour du drapeau. Les martyrs russes ne pâlissent plus devant le trône du tsar et la Main noire, en Espagne, prouve qu'une justice préside aux destinées du monde. Et le prolétaire italien qui, trop longtemps, a supporté la douleur sans murmurer, tend la main au robuste Danois. Hourra pour la victoire de l'Humanité !

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