LA POÉSIE RÉVOLUTIO:'.\:'.\AIRE Dl ALLDIAG:'.\E I 55 l'État. Au lieu de prendre en main, comme cc serait son dcYoir, la cause des déshérités, il farnrisc l'oppression des grands. Si les poétcs réYolutionnaircs acceptent les principes de l'ÉYangile, ils renient hautement ses ministres, qu'ils revêtent la soutane du prêtre catholique ou le tnlnr du pasteur luthérien. A propos de l'encyclique sur la question sociale, Kcgel reproche au pape l'oubli de cette parole du Christ: « Que celui qui a deux manteaux en donne un à celui qui n'en a pas.» .Léon XIII, dit-il, « n'est pas le pape des chrétiens, il n'est quc le pape des riches. ,, Les ministres protestants ne sont pas épargnés daYan- -tage. Lepp leur décoche ce trait: « Vous êtes les lions deYorants dont parle !'Écriture. Laissez là Yos discours inutiles! Monsieur le pasteur, en vérité, je Yous le dis, l'enfer est déjà sur cette terre ». Les rholutionnaircs allemands rejettent toute religion ré\-élée et toute autorité sacerdotale, par conséquent. Ils n'ont qu'une foi, celle en la s011ffrn11clJe11111aii1e, ~omme disent les SlaYcs. Ils reçoiYcnt, dans la grande église des misérables, tous les malheureux, d'ou qu'ils ,·icnnent. Un Juif y est le bicnYcnu, de même qu'un Mahométan ou un Bouddhiste, s'ils sont dignes de pitié. os poètes prêchent une large tolérance et réprouYcnt particulicremcnt l'antisémitisme. C'est là un fait à noter, en Allemagne, ou tout le monde « Yoit jaune ». Le chef des antisémites allemands, le pasteur Stoccker, est criblé d\'.:pigrammes. Il est le Bo11la11gderu tnlnr. Comme l'aYenturier français, il ~ trahi sa cause aprés aYoir exploité des instincts bas. La forme du protestantisme, c'est - nous l'ayons vu - la liberté d'examen, « le recours perpétuel à la conscience » comme on a dit aussi. Les poctes socialistes usent de cette liberté dans le domaine politique comme en matiére de foi. Ils rcYendiquent le droit de juger les institutions de leur pays et de n'accepter sans contrôle aucune autorité exterieure. Ils dénoncent les abus de la tyrannie prussienne et décrétent la souveraineté exclusive du peuple. Ici encore, ils sont dans la tradition protestante : les théoriciens politiques, appartenant à la religion réformée, ont toujours été des partisans ardents du régime démocratique. On comprend que nos poètes, ennemis déclarés de l'autorité qui s'appuie sur la force armée, partisans enthousiastes de la liberté dans tous les domaines, goûtent fort peu le militarisme qui épuise l'Allemagne contemporaine. Notre patrie, disent-ils, n'est plus qu'un vaste camp, et si c'est la guerre qui fit jadis sa grandeur, c'est maintenant la paix année qui la tue. Le séjour dans les casernes est néfaste aux fils du peuple. Trop souvent ils y prennent l'habitude du vice et le goût de l'oisiveté. Pour peu qu'ils soient gauches ou lourds, les sous-officiers les maltraitent. Les officiers ne valent guère mieux. Cc sont, au dire des poètes socialistes, des pantins arrogants et prétentieux. Le
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