La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

154 LA REVUE SOCIALISTE au nom du prince, un casque renversé. Les bons sujets de l'empire y laisseront tomber beaucoup d'argent. Puis, on remettra au chancelier la somme ainsi recueillie. » - Vous ne souriez pas? Vous trouyez peut-être cette plaisanterie bien fade? Luc dans l'original allemand, la piccc est fort comique, je Yous assure. Cette poésie naïve d'hommes du peuple nous fait saisir sur le vif les diverses qualités formant le caractcre national du peuple allemand. Or l'Allemagne est aYant tout le pays de la Réforme. Rien d'étonnant, par conséquent, à cc que la poésie socialiste allemande nous paraisse comme imprégnée d'esprit protestant, alors même que ces écrivains ont rejeté toute foi positiYe. Mais que représente, en somme, cet état de conscience? Quelle est sa formule la plus exacte ? La définition suivante, duc à la plume d'un écrivain appartenant à la religion réformée, nous paraît excellente : « Le fonds du protestantisme, selon Samuel Vincent, c'est l'Évangile, sa forme, c'est la liberté d'examen. » L'ÉYangile est le livre de chevet de la famille allemande. Dans toutes les classes de la société, la Bible, traduite par Martin Luther, • enluminée d'images, est le premier line de lecture des enfants. L'impression qu'ils en rcçoiYent reste ineffacée. Nos poètes empruntent fréquemment leurs mctaphores à la Bible. Tous écrivent des vers en l'honneur des grandes fêtes chrétiennes, célèbrent en quelques strophes la Pentecôte et Noël, si populaires en Allemagne. Ils revendiquent le Christ, simple ounier, pour un des leurs. 11 fut l'apôtre des pauvres, le martyr de leur cause. Il prononça des paroles sévcrcs contre les riches, que leur fortune rend avares et durs, et les puissants du jour n'eurent jamais ennemi plus déclaré. « Tant que l'égoïsme et le capital seront tout-puissants, dit J. Audorf, à propos de Noël, le chant de la réconciliation chrétienne restera un conte pieux .. : Mais ce jour finira bien par devenir la fête pacifique des prolétaires. Alors la Yérité qu'on crucifie depuis de si longues années sortira du tombeau et aYcuglcra le monde de sa clarté ». Le souvenir du réformateur Luther est resté cher aux. poètes rholutionnaires. Ils voient en lui un précurseur, un ardent dcfcnseur de la liberté de penser. Mais ses disciples n'ont pas pcrséYéré dans la voie qu'il avait tracée et n'ont pas tardé à remplacer les dogmes anciens par des dogmes nouveaux. Quant à la doctrine chrétienne, ce n'est qu'un vernis de surface. Personne ne songe à mettre en pratique les principes qu'elle enseigne. Voyez plutôt! Tandis que la police impériale enferme des pcres de famille, suspects de socialisme, condamnant ainsi de nombreuses familles à la misère, les cloches de la cathédrale sonnent à toute volée et disent : « Paix aux. hommes de bonne volonté! )> La foule ne Yoit pas la contradiction de ces faits et cc n'est pas M. le pasteur qui lui ounira les yeux. Le clergé s'allie à

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