La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA POÉSIE RÉ\'OLUTION};AIRE EN ALLEMAG:--E 145 Adolphe Lepp naquit en 1847, a Halberstadt, ou son pere gagnait peniblcment sa Yie comme ouvrier dans une manufacture.- Des sa plus tendre enfance, il eut sous les yeux les spectacles les plus tristes. Il était maladif, nerYeux a l'excés, et la Yue des larmes le mettait hors de lui. Plus tard, il se félicita d'avoir fait cc dur apprentissage de la vie. Qui sait? s'il n'avait pas vu de près les souffrances du peuple, peutêtre serait-il devenu le flatteur des grands et non le poéte de la canaille scrof11le11se, scion le mot d'un hobereau prussien. Lcpp déclare n'avoir jamais eu que de bons exemples sous les yeux, dans sa famille. Ses parents étaient d'une générosité a toute cpreu,·e, toujours disposes a partager leurs dernières miettes avec de plus paU\Tes qu'eux. A la suite d'une maladie qu'il fit dans son enfance, Adolphe resta aveugle pendant de longs mois. Plongé dans les ténèbres, il cherchait a oublier ses tristesses en chantant, pour lui seul, les lieds qu'il aYait entendus autour de lui. Il guérit bientôt, mais sa santé demeura chancelante. Il était forcé de manquer continuellement l'ccole, et ne pouYait s'en consoler. SurYint une épidémie de fiéHe typhoïde qui emmena son pére en quelques jours. C'était un travailleur modèle, estimé de ses chefs, cheri par ses camarades. Ceux-ci rcsolurent d'accompagner sa dépouille mortelle au cimctiére et de chanter un cœur d'ensemble sur sa tombe ouYerte. Mais le jour de l'enterrement tomba sur l'anniversaire du souverain. On dcfendit aux camarades de Lepp de mettre leur projet a exécution. Au retour de la cérémonie, le jeune Adolphe, suffoque par l'émotion, s'évanouit et l'on fut longtemps à le faire revenir. Il était alors âgé de neuf ans. Une misere noire s'abattit sur-la malheureuse famille, priYée de son soutien. La mere d'Adolphe releYait de couches. Elle etait exténuée par les privations et ne sa,·ait comment procurer a ses enfants le pain nécessaire pour les empêcher de mourir de faim. Un soir, nous raconte Adolphe, elle rentre avec la moitié d'un pain dans son tablier. Elle le partage entre les siens et retourne a l'atelier pour en gagner davantage. Adolphe, qui a compris, pleure de desespoir; le morceau de pain qu'il était en train de déYorer tombe de sa bouche et il l'arrose de larmes amères. La grand'mère d'Adolphe, qui gagnait sa Yie en cousant des gants, se chargea de lui, mais elle mourut tôt après et Adolphe retourna dans la maison maternelle. Il se mit en quête d'une occupation quelque peu rétribuée et trouva de l'ouvrage chez un tonnelier; mais, à la moindre fatigue, son inflammation des yeux r~doublait; il ne pouvait entreprendre aucun travail suivi. Un labeur excessif le terrassa. Il fut longtemps malade. A moitié guéri, on l'admit dans une manufacture de cigares, mais sa vue diminuant chaque jour, il"n'était qu'un ouvrier 10

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