LA RE\'CE SOCIALISTE Heine n'est gucrc partagée par l'Allemagne officielle. Aujourd'hui encore, son œunc soulcvc plus de colcrcs que d'enthousiasmes. Lorsqu'on Youlut, il n'y a pas longtemps, elevcr un monument à l'auteur des Deux Greurrdiers, un toile general s'eJcya et les protestations furent si nombreuses et si YiYcs que les organisateurs de la souscription rcnonccrcnt à leur projet. C'est surtout depuis r8,+8 que la littérature démocratique s'est déYcloppéc en Allemagne. 1848 marque pour les pays <l'outre-Rhin une date fatidique. C'est« la folle année», comme l'appellent les conscrYatcurs. - C'est « l'annee fériée», réplique G. Brandes, « la rouge ligne de démarcation qui <liYiscnotre siècle ». Des lors, cc mouYement n'a fait que grandir : aujourd'hui i\1M. Hauptmann, IIolz et Schlaf sont les principaux représentants de la littérature révolutionnaire, qu'on pourrait appeler srrvrr11te. En effet, il nous faut faire ici une distinction et limiter notre champ d'études. ;\lM. Hauptmann et consorts sont gens de lettres. Leurs œu\'l'CS sont pcut-ètrc le fruit d'une obscryation directe, mais clics ne retracent pas leurs propres expériences. Les \'rais pattes du prolctariat feront seuls l'objet de cc travail et non les Jbsé11idcs, ainsi qu'ils ont ironiquement surnomme l'auteur des Tisserrr11ds et ses disciples li ttéraircs. L'œunc dont nous allons traduire quelques pages est l'expression poetique spontanée d'une classe nombreuse, c'est un fruit du sol allemand, au même titre que ces crus gencrcux qui mùrisscnt sur les collines ensoleillées au bord du Rhin ou de la Moselle. On y chercherait en Yain des sentiments bizarres, des états d'àmc compliques. Ces poètes-là parlent simplement, clairement, et cc qu'ils ont a dire, ils le disent en toute franchise. Ils appellent sans dctours un chat un chat, et i\1. de Bismarck un tyran. Ils n'ont pas de pretcntion au grand art. L'un d'eux declarc très franchement d'cmblcc qu'il a conscience de la médiocrité de ses Ycrs. i\lais, ajoutc-t-il, si la forme est dcfcctucuse, l'œune clle-mèmc a un grand mèritc qui rachl'.:tc bién des gaucheries: elle est beaucoup plus sinccrc que la poésie des écriYains de cour et des flatteurs pensionnés. Celle-ci lui parait un yastc glacier, morne et désolé, tandis qu'il compare son ounagc i une barre de fer rouge d'où les l'.:tinccllcs jaillissent au moindre choc. Le pacte qui s'exprime ainsi, c'est Adolphe Lcpp, un des représentants les plus caractéristiques de cette race. Le bref récit de sa douloureuse existence \'a nous faire pénétrer dans l'intimite d'un de ces poètes ouvriers et nous prédisposera :\ mieux juger leur œmTc. A Yoir les déboires de cc malchanceux, nous comprendrons ses rancunes et l'epigraphc sall\·agc de son œu\'l'C : « Nous a,·ons suffisamment aimé; nous Yotilons maintenant haïr» s'expliquera par ses atroces souffrances.
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