La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA POÉSŒ RÉVOLUTIOXXAIRE EX ALLDIAGXE 14 3 qui, chaque jour à midi, au moment de la g:udc montante, parcourt l'Avw11e des Tilleuls au son d'une fanfare joyeuse. Dans ces conditions, l'esprit ré,·olutionn:i.irc a fait au sein des masses populaires de rapides progrès. L'Allcm:i.gnc, agitée p:i.r Lassalle et prêchcc par Karl Marx, est devenue le boulc\'ard du socialisme en Europe. Et Yr:i.imcnt, on ne saurait s'en <.:tonner. Dans ses beaux Essais Sllr l' Allc11wg11ci111périalc, M. E. La\'issc, constatant cc phénomène, s'exprime :i.insi: « A l'État qui exploite l'indi\'idu à outrance, lui prend des annces de sa Yic pour le scr\'icc militaire, et la ,·ic clic-même sur les ch:i.mps de b:i.taillc, il (le socialisme) oppose la société traYaillant pour \'i\Tc et Yi\'ant de son tra\':i.il; aux idccs de nation, de gloire et de guerre, l'idée d'humanitc et de paix uni\'crsclle ». Tout mouYemcnt politique a ncccssairemcnt un ccho dans l'art de l'époque qui l':i. \'U naitre. Le socialisme ne fait pas exception à cette règle. Une poésie rc\'olutionn:i.irc a donc surgi, disant les souffrances des miséreux, écrasés par les riches et les puiss:i.nts. En face des rois, enorgueillis de leurs \'ictoircs, se sont dressés des poètes, sortis des r:i.ngs du peuple, qui ont détesté les annexions arbitraires et maudit un trône cimenté par le sang. Nous Youdrions indiquer ici le ton général de c·cttc littérature et résumer les aspirations qu'elle nolls réYéle au sein du q11atriè11é1teat. Tous allons Yoir les hommes et les choses d'Allemagne jugés à un point de ,·ue tout spécial, ne r:i.ppclant en rien la doctrine officielle des manuels d'école et la philosophie de l'histoire de M. de Trcitschkc. C'est naimcnt ici « une poésie lyrique de l'opposition », scion les propres paroles d'un de ces poètes.· I LES HO:-LMES • Cette poésie n'est pas, d'ailleurs, une nom·cauté en Allemagne. Elle a déjà une tradition et compte de glorieux ancêtres. Sans remonter jusqu'à Luther qui, selon le mot de M. Jaurès, réclamait le « sacerdoce uniYersel », prélude au suffrage uniYersel, et qui fut poète à ses heures, nous trou\'ons dans ce siècle de fougueux ccrivains démocrates en Allemagne : Schiller, Boerne, Frciligrath, Heine, pour ne citer que des noms. célèbres. Ce dernier est plus particulièrement le parrain de la poésie ounière. Il est le modèle et le maître de ceux qui sont \'Cnus après lui. Tous en parlent a\'CC respect et gratitude, se souvenant qu'il leur a fraye la voie. On sait que cette admiration pour

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