La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA LOI DU PROGRÈS 7 la civilisation.; le droit, la science, les arts, sont sortis des faits extérieurs et du jeu des passions humaines·. Toutes ces choses s'expliquent p;-ir l'histoire de l'esprit humain lui-mème, qui passe du sentiment à la raison et qui fait toujours de lui-même la rcglc de l'univers » (r). S'appuyant sur ces principes _et se guidant sur une methode rigoureuse, Vico entreYoit le premier le vcritable sens de l'histoire et fonde définitiYement sa théorie du progrès, que toutes les dccouYertes modernes n'ont fait que confirmer ( 2). La notion du déterminisme a été une grande et fcconde rcYolution dans la mentalitc humaine: clic a permis de rattacher la notion de causalitc a sa vcritablc gencse, a l'enchaînement des choses dans leur uniYcrscllc dcpendance. Au lieu d'attribuer les phénomènes à l'un des 30,000 dieux dont parle Varron, la science nous montre la genèse des choses dans leurs actions et réactions réciproques qui se répercutent nécessairement a l'infini, attendu que nous ne pouYons leur conceYoir ni commencement, ni fin, ni mesures autres que nos propres moyens de les percevoir, pas plus que nous ne pouYons comprendre l'existence de quoi que cc soit inch':- pcndamment de cc qui le précède, l'accompagne ou le suit. « Les phénomènes de la nature, dit Turgot, dans son second discours dcYant la Sorbonne, soumis à des lois constantes., sont renfermés dans un cercle de réYolutions toujours les mèmes. Tout renait, tout périt, et dans ces générations succcssiYcs le temps ne fait que ramener à chaque instant l'image de ce qu'il a fait disparaitre. La société des hommes offre, au contraire, de siècle en siècle, un spectacle toujours Yarié. Tous les âges sont enchainés par une suite de causes et d'effets qui lient l'ctat présent du monde à tous ceux qui l'ont précédé. « Les signes du langage et de l'écriture, en donnant aux hommes le moyen de s'assurer la possession de leurs idées et de les communiquer aux autres, ont formé un trésor commun qu'une génération transmet à l'autre, ainsi qu'un héritage, toujours augmenté des décou-- vertes de chaque siècle, et le genre humain parait, aux yeux d'un philosophe, un tout immense qui a, comme chaque individu, son enfance et ses progrès. » « Le \Tai symbole du progrès de l'humanité, c'est le développement organique d'un être vivant, non pas d'une Yie éphén1ère et qui passe par toutes les phases de la nature mortelle, mais d'une vie éternelle et inépuisable, qui survit à toutes les formes, qui remplace perpétuellement les organes Yieillis par des organes nouveaux, supé- (1) Vico, Science11ouvelle. (2) Voir dans la Tbéoriedu Progrès, par M. de F~rron, t. 1", un très saYant exposé des DoclrÏlleset des Découvertes, de Vico. . '

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