La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

6 LA ·RE\"UE SOCIALISTE subsiste toujours et qui apprend continuellement; d'où l'on Yoit avec combien d'injustice nous respectons l'antiquitc dans sa philosophie : c:ir, comme la Yieillesse est l'âge le plus distant de l'enfance, qui ne YOit que la Yieillesse dans cet homme universel ne doit pas être cherchée dans les temps proches de la naissance, mais dans ceux qui ne sont pas les plus éloignés. Ceux que nous appeloi1s anciens ét:iient Yéritablement nouYeaux en toutes choses et formaient l'enfance des hommes proprement, et comme nous aYons joint à leurs connaissances l'expérience des siccles qui les ont suiüs, c'est en nous que l'on peut retrouYer cette antiquité que nous réYérons dans les autres ii (1). Toujours, dit Vico, cc l'homme fait de lui-même la régie de l'uniYers » (2). De là l'aothropomorphisme de la mythologie antique, qui n'est pas autre chose que l'explication des phénoménes physiques par les conditions de notre propr~ nature, comme l'a si bien montré Eugéne Véron dans son étude du Progrès i11tel!ect11el. Les images, les locutions poétiques, que nous admirons tant chez les anciens, ne sont, au fond, que des preuYes de leur ignorance de la physique. Hélas! combien de nos contemporains, grands contempteurs de la science et de sa cc n1lgarite », continuent à s'extasier sur la beaute de cette pocsie physique, sans se douter du rnen·eilleux de la science qu'ils ignorent ou dont ils méconnaissent les enseignements et les consequences pour l'humanitc. « La physique des ignorants est une mctaphysique vulgaire par laquelle ils attribuent à la Yolo_nté de Dieu la cause des choses, sans s'occuper des moyens employcs par la Yolontc diYine i> (3). La métaphysique propreh1ent dite, c'est-à-dire l'ontologie, la doctrine des cc entités », de la « subst:incc », des « causes >i, ne fut pas autre chose que la tentatiYe d'explication des causes des phcnomcnes « par des expressions abstraites, comme des essences et des facultés ; expressions qui n'expliquaient rien, et dont cependant on raisonnait :omme si elles eussent cté des ètres. On multiplia les facultés pour rendre raison de chaque effet (Turgot) (-1-). « Pour retrouver et connaitre la nature des choses humaines, c'est-à-dire la maniére dont chacune de ces choses est née, la science nouYelle 'procède par une analyse sévère de la pensée humaine ... Au milieu de tant de doutes et d'incertitudes, il y a cela de sûr que le monde des nations a été fait par les hommes et qu'on doit en chercher les principes dans les facultés de l'entendement humain ... Les hommes ont creé eux-mêmes (1) Pascal, Pre/acemr le Trnilé dtt Vide. (2) \'ico, Science 11011vclle. (3) \'ico, Science 11011velle, p. 33. (~) \'oir dans Le Mo11dpebysiquc, p. 25, et dans La Vie et la Pensée, la rcfutatiou de la doctrine et de la " substantialité », qui a été confondue avec l'objectivité.

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