La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE ctaient enterrées viYantes en cas de contravention à leurs vœux, le complice était tué avec tous les membres de sa famille et tous les habitants de sa Yille natale; celle-ci était rasée. C'est dans le châtiment de ces attentats contre l'organisation religieuse impériale que continuait ainsi à se manifester despotiquement la solidarité étroite qui, dans les temps primitifs, reliait entre eux, pour le bien et pour le mal, les membres des communautés plus étroites actuellement absorbées dans un organisme plus vaste dont le lien, à défaut d'autre, était un despotisme général. Quant à l'institution même de ces prêtresses, gardiennes du feu sacré, nous ne la trouvons pas seulement en Amérique, en Asie et en Europe, mais en Afrique. Ainsi, chez les Dama ras, la fille du chef est prêtresse, fait les sacrifices et garde le feu sacré; de même à Madagascar et au Dahomey. La structure économique de la société était en rapport aYec sa conformation politique et religieuse. Elle avait son point de départ dans la subordination successive des petites communautés plus ou moins égalitaires à des tribus conquérantes. Cette évolution s'obserYe chez les populations sauyages déjà bien a\'ant leur absorption dans de Yastes empires. Ainsi, dans le principal Yillage des Guaranis, les sujets cultivaient les plantations du chef, et ce dernier jouissait do certains privilcges dans le produit de la chasse, tout en ne possédant encore aucune marque distinctive (r). Au Pérou, l'État, ou plutôt l'Inca, organe de l'État, était à la fois le propriétaire et le régisseur du sol. Celui-ci était divisé en trois parties. La première était réservée au Soleil, représenté par les prêtres, la deuxieme à l'Inca et à sa famille, la troisiéme au peuple. Les Incas, victorieux, laissaient subsister les formes politiques et administratives des petites sociétés conquises ; ils les subordonnaient seulement, comme nous l'ayons déjà vu pour la religion et le systéme économique, au système hiérarchique résultant du fait même de la conquête et dont l'organe central était l'Inca et le siège dans la capitale. Ceci explique comment la plupart des tribus conquises étant généralement communautaires, le système géncral put conser\'er le même caractère, à part les privilèges religieux, économiques et politiques que s'étaient réserYés les membres de la caste conquérante. Ainsi les anciennes autoritcs des populations Yaincues n'étaient pas supprimées, mais les Incas installaient leurs dclcgués dans toutes les Yallces; les divinitcs locales étaient conservces, mais chacun était aussi tenu d'adorer le soleil; partout où s'étendait l'empire on bâtissait le temple du dieu vainqueur avec ses prêtres et ses vierges. Cependant, malgré la supériorité officielle et obligatoire du dieu de l'État, les naturels conti- (r) Waitz. lnlrod11ction /o Antbropology.

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