138 LA REVUE SOCIALISTE En ce qui concerne la direction de la politique extérieure, il est certain que l'infériorité des populations ambiantes de l'empire des Incas était telle que sa sécurité était en grande partie assurée et que sa puissance eut été capable de s'étendre encore, si elle n'aYait Yiolemment été détruite par un facteur externe qui ne pouYait entrer dans ses prévisions. La structure du Pérou aurait donc pu s'accroitre et continuer son œuvre civilisatrice; un culte supérieur unique eut pu unir, par un lien plus vaste, des communautés plus étroites et mettre fin à beaucoup de guerres particulières et même privées, sous un gouYcrncmcnt unique assurant à la fois, bien que d'une façon relatiYe et imparfaite, la paix et le bonheur des groupes et des indiYidus, en sacrifiant il est vrai à peu près absolument cette liberté, plus métaphysique que réelle, dont s'enorgueillissent les civilisations modernes. La politique externe des Incas vis-a-vis des tribus aYoisinantcs, moins développées, revêtait le caractère d'une Yéritable mission sociale analogue à celle de Rome, du christianisme et de l'islamisme. Elle avait pour objet de convertir les tribus sauyages au culte solaire par la guerre, et de les faire participer a une Yie collectiYe plus large. Les pays conquis étaient incorporés et leurs populations étaient soumises au même régime que celles qui avaient été antcrieuremcnt assimilées. De cc qui précède, il y a a retenir, au point de YUCde la structure politique de la société péruvienne, cette double tendance, que nous aurons l'occasion de reconnaitre également ailleurs, d'abord celle du pouvoir central a se différencier par voie de dclégation, à mesure que son domaine s'étend, ensuite celle des formes plus ou moins communautaires primitives à persister, dans une mesure plus ou moins large, et à maintenir une certaine autonomie locale, bien que subordonnée à tous les organes politiques successivement superposés, suivant le développement croissant de l'agrégat social. Cette persistance des formes éléen deux volumes petit in-folio. Le premier porte au titre la date de 1609, Lisbonne, mais à la fin se trouve la date de 1608; Je deuxième volume est de 1617; l'auteur, né vers 1530, est mort vers 1568. D'un autre côté, mon saYant ami, 111.Elisée Reclus me renseigne que la Chronica del Pern 11ueva111melescrila par PEDRODECIÉZADE LEo:,. fut p1,1b]iéepour la première fois à Anvers en 1554, traduite en italien et publiée à Rome en 1555 et à Venise en 1560. Cette dernière edition est la plus complète; les diverses parties de la Chr011icade/Pérn furent réunies à Venise sous le titre de Historia dellenuove J11dieOccidenlali, 1576. Campanella deYait en avoir connaissance, de même qu'il fut sans doute en rapport aYec nombre d'Espagnols et d'italiens reYenus de ces contrées et dont les récits étaient du reste répandus dans Je public. Ceci n'implique pas què les utopies socialistes de Campanella et les autres n'aient pas eu des facteurs internes ; ceux-ci restent au contraire les plus importants; mais, dans notre hypothèse, le Pérou, au commencement du xv11• siècle, aurait exercé sur les publicistes européens, Campanella par exemple, la même influence que l'Angleterre sur Montesquieu et Voltaire, la Suisse sur J.-J. Rousseau et toutes deux avec les Rcpubliques américaines sur la démocratie contemporaine.
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