L'EVOLljTJO~ DES CROYA:-.-CES ET DES DOCTRI~ES POLITIQL:ES I 37 rcmurn'.:rés mais fimités; ainsi notamment furent construites deux routes de sept cents lieux de longueur et de Yingt-cinq metrcs de large qui traYcrsaicnt l'Empire. L'État entretenait pendant cc temps les traYaillcurs. Nous rctrouYcrons ailleurs, notamment en Égypte, ces formes de coopcration forcée qui, pour les grands traYaux nécessairement collectifs, prcccdcnt partout, sous les régimes despotiques, les formes modernes de coaction plus ou moins mitigée et finalement de coopération Yolontairc. Cette structure économique comportait l'existence de Yastcs magasins publics, on y déposait: r0 le produit des terres du Soleil de l'Inca, . 2° la laine des grands troupeaux de lamas, qui étaient aussi proprictc royale. Ici encore l'organisation, en tant qu'industricllc ou mixte, était en corrélation aycc le reste de la structure cconomique et politique. Laine et coton étaient tissés sur rcquisition par les femmes. La matiere prcmiérc était distribuée entre elles par les cmploycs publics. AYcè le produit, la famille s'habillait d'abord, les montagnards aycc la laine, les gens de la plaine aycc le coton. Le reste était dcposé dans les magasins royaux comme assurance contre les années où les produits étaient insuffisants. La Yic sociale,;\ tous les degrés, était ainsi équilibrée et garantie. Il y aYait des jours fixes de repos et une journée normale de traYail dont la durée ne pouYait être dépassée. Voilà donc un empire immense, englobant des populations nombreuses et diYcrscs, et dont l'économie sociale fonctionne sans propriétc priYéc si ce n'est celle des choses consommccs par chaque famille, sans impôts, sans commerce, sans monnaie, sans liberté industrielle, sans échange, sans ln loi de l'offre et de la demande. Cet empire a subsisté pendant plusieurs siecles jusqu'au jour où il fut violemment brisé par lu conquête étrangère. Il avait despotiquement réalise, par une remarquable conciliation des formes conquérantes a,·cc les formes égalitaires et communautaires prirnitiYcs, une structure sociale qu'à peu prcs en même temps, en Europe, allaient proposer comme idéal les Th. Morus et les Campanella. N'est-il même pas à supposer que cclui-ci,grâcc à sa science prodigieuse et à des relations considérables, notamment avec les • moines italiens et espagnols, aYait eu connaissance, lorsqu'il composait, vers 1602, sa Cité d11 Soleil, de cette« cité du soleil» bien réelle et bien Yivantc, de cet empire énorme, dont la mécanique régulière, à la fois despotique.et bienfaisante, dépassait de loin les plus belles utopies des seizième et dix-scptieme siècles en Europe ? ( r) (r) Je m'étonne que jusqu'ici cette hypothèse si probable n'ait fait, à ma connaissance, l'objet d'aucune recherche ; je me permets d'en signaler l'import:ince :1ux savants spécialistes. L'ouvrage de Garcilasso de la Vega est, il est vrai, postérieur de quelques années il la date présumée de la rédaction de la Cité du Soleil; son édition originale est
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