La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

136 LA RE\.UE SOCIALISTE qui, sous un despotisme politico-rcligicux trcs lourd, continuèrent a régir l'empire en faisant de lui un type à part dans l'histoire des sociétès. La persistance des formes communautaires dans un état aussi peuplé et aussi étendu implique, outre l'existence de petites sociétés antérieurement existantes douées de ces forincs, une ciYilisation rclati Ycmcnt pacifique et morale, bien qu'issuc de la conquête et reposant sur des bases religieuses. Nous sayons du reste que, tant dans l'Amérique du Sud que dans l'Amérique du Nord, il exista des sociétés sauYagcs tout au moins à tendances trés pacifiqùes, et que des confédérations importantes y réalist::rent, pendant certaines périodes, des associations ou confédérations de tribus assez considérables. Le Pérou fut la création d'une mixture remarquable de ces tendances égalitaires, pacifiques et fédératiYcs ayec les nécessités despotiques, guerrières et unitaires résultant spécialement des milieux encore barbares et plus sauYagcs, qui lui imposaient cette structure. Si l'on ne tient compte de ces deux tendances diYcrgcntcs, la civilisation du Pérou reste un phénoménc incxpliquable, car sa fonction consista précisément a en opérer, au moins pendant quelques sicclcs et sur un vaste territoire, la conciliation au moyen d'un régime transactionnel dont les éléments, inconsciemment du reste sans doute, étaient cm-. pruntés à la fois aux deux grands courants qui, des l'origine, se disputent la direction de l'histoire, la paix et la guerre, la liberté et le despotisme, l'égalité et l'inégalité, l'amour et la haine. La terre était l'objet d'un allotisscmcnt égal annuel.· L'Inca et sa famille, ainsi que le clergè, ayant leurs fonctions sociales particulicrcs, au peuple naturellement incombait la charge de cultiYcr non seulement son lot, mais les leurs. Il était attaché au sol, héréditairement, sans possibilitè de changer de condition ni de séjour. Chacun était administratiYcmcnt marié à l'âge de Yingt ans; c'c'.:tait un acte public et collectif qui s'accomplissait réguliércment chaque annec, le même jour. Chaque rnenagc rcccYait annuellement son lot de terre, plus ou moins grand, suiYant le nombre des enfants. Tout cela nécessitait une statistique regulierc et annuelle de la natalité et de la mortalité, statistique tenue au moyen de colliers. Les membres de chaque ménage se dcyaient aide réciproque et obligatoire, en cas de nécessité; c'était là encore une surYiYancc des institutions économiques primitiYcs que les conquerants s'étaient assimilées tout en y superposant leurs priYilegcs. Ainsi chaque ménage suffisait à sa subsistance en même temps qu'à celle des organes sociaux directeurs. Il n'y aYait pas de commerce, pas de monnaie. Les traYaux publics, tels que ceux des routes, des canaux, des temples, des palais, se faisaient par requisitions ; ces charges se payaient donc en travail forcé, en corvées; ces trayaux n'étaient pas

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