L'EVOLUTION DES CROYANCES ET DES DOCTRINES POLITIQUES I 35 d'aprés les points' cardinaux et habitées exclusivement par les gens qui provenaient des divisions correspon<lantcs de l'empire. Les habitants de chacun de ces quartiers se distinguaient de ceux des autres par leur costume d'origine. En fait nos anciennes cités européennes ont eu des classifications du même genre ; nous les retrouYons aussi bien à Rome qu'en Égypte, à Athénes qu'en Chine, mais nulle part, croyons-nous avec autant de rigueur. L'Empire tout entier était de même divisé en quatre circonscriptions, d'après les mêmes bases. Chacune d'elles aYait son vice-roi. Ceux-ci formaient à l'occasion le Conseil d'État de l'Inca. Les quatre circonscriptions étaient à leur tour, comme les préfectures françaises, divisées en arrondissements, ceux-ci en dizaines, cinquantaines, centaines, etc., jusqu'à dix mille habitants, avec des dizainicrs, des cinquanteniers, des centeniers, etc., comme administrateurs, surveillants et défenseurs responsables. Ce dernier caractère est important; c'était l'embryon, comme le tribunat à Rome, d'une représentation de la collectivité. Nous retrouverons les mêmes formes préparatoires dans l'Inde, dans la Chine et ailleurs, de même que nous rencontrerons à peu prés partout, chez les Latins aussi bien que chez les Anglo-Saxons et les Allemands, l'organisation en dizaines, centaines, etc., avec des conseils d'administration, de contrôle et de protection correspondants. C'est là un des caractères sociologiques les plus importants de la civilisation de l'ancien Pérou. L'institution des dizainicrs, cinquantenicrs, etc. était non pas une création de l'autorité centrale, elle était au contraire, à n'en pas douter, une survivance des formes communautaires primitives auxquelles, avec la croissance de la société péruvienne, s'étaient superposées les autres divisions gouvernementales. Il en a été ainsi dans les mêmes conditions en Europe, en Asie et en Afrique, et malgré l'absence de renseignements précis en ce qui concerne le Pérou, rien ne nous autorise, pour rendre compte de l'existence de ces subdivisions populaires et de leurs chefs, à recourir a des hypothèses historiques contraires aux faits qui se sont déroulés ailleurs. Les villages avaient du reste conservé leurs anciennes divinités communautaires, de même que les familles avaient gardé les leurs ; pourquoi les populations successivement englobées dans des organismes plus vastes n'auraient-elles pas conservé, bien qu'avec une autorité réduite, leurs anciens conseils politiques? En réalité, au Pérou, bien plus qu'au Mexique, l'empire des Incas semble s'être substitué, tant par des annexions pacifiques que par des conquêtes militaires, a des communautés locales et régionales profondément pacifiques et égalitaires, ceci est la seule explication naturelle possible de ces formes égalitaires rigides
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