LA LOI DU PROGRÈS 5 fessé tous les· gom·crncmcnts, c'est cc qu'on peut appeler l'essence et la condamnation de tout systcme exclusiYcmcnt politique, n'ayant pour but que la hiérarchie sociale et le gouYcrncment des personnes. Mais tout nous démontre que le mouYemcnt, que l'éYolution est la loi des ciYilisations qui se succédcnt, s'engcndrcnt et se transforment à travers les âges, comme les êtres organisés se succedent de génération en genération, se modifient sui,·ant les conditions de milieu et transmettent à leurs descendants leurs aptitudes à Yi\Te ou leurs dégénérescences. Il ne suffit point de constater que l'humanité marche, que les civilisations changent; il faut, de plus, comprendre que cc mouYCmcnt de progression des sociétés est la résultante de leur organisation qui conditionne leur existence dans le temps et dans l'espace, absolument comme le déYcloppcmcnt des êtres YiYants résulte de leurs aptitudes héréditaires et de leur adaptation continue à leurs conditions de milieu. Or, si tous les penseurs ont constaté la marche de l'humanité, la succession et la transformation des formes politiques, si tous ont conçu un idéal social, il faut bien reconnaître que, jusqu'aux temps modernes, cet idéal a cté un idéal politique, bien plutôt qu'un idbl social, humain. Dominés par leur conception générale de causalité anthropomorphe, les anciens n'ayaient pu atteindre la compréhension du dctcrminismc social. L'insuffisance de leur connaissance du passé ne leur permettait pas de saisir l'enchainement ininterrompu, la progression généalogique des hommes et des é\'énemcnts. Ennobli par l'imagination des poètes, agrandi par les C< cent bouches de la Rcnommcc », le passé rcpn:scntait l'ùgc d'or, tandis que le présent, nécessairement mal compris dans sa signification et dans son rôle historique, uniquement apprécié d'après les réalités tangibles, semblait !'tige de fer, faisait croire à la dccadence. Mais l'esprit humain, dcYcnu conscient de ses moyens et de ses origines, s'est cmancipé; nous ne jurons plus par Aristote ou Platon; nous ne considérons plus nos maîtres, nos anciens,. quels qu'ils soient ou aient été, comme nous ayant transmis le dernier mot des choses, la Ycrité définitive'. Sans doute, nous ne sommes pas tous de l'a,·is de « ceux qui pensent que les choses nouYellcs Yalent mieux 'lue les anciennes, uniquement à cause qu'elles sont plus nouYelles » (Paracelse); mais nous croyons Yolontiers, ayec Bacon, que C< l'âge mûr et l'antiquité du monde, c'est le temps même où nous YiYons, et non celui où YiYaient le~ anciens, qui était sa jeuncssé. Par rapport au monde, le temps où ils ont yccu ctait nouYeau. » Nous aYons ainsi renYersé l'idée ancienne de l'àge d'or, et 1e sentiment de la transformation incessante de l'humanité a fait une place de plus en plus large à l'idée du progrès dans les cerveaux modernes. « Toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siécles, doit être considérée comme un même homme qui
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