La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

t'E\'OLUTION DES CROYA:S:CES ET DES DOCTRIXES POLITIQUES I 3 I C'étaient, de part et d'autre, à peu près les mêmes institutions sociales, surtout religieuses et politiques, aYec le même despotisme, la même intolérance, la même cruauté, spécialement au Mexique. Le Pérou était de ciYilisation moins ancienne et moins aYancée que ce dernier, il n'avait pas encore d'écriture comme celui-ci; l'intelligence collcctiYe ne s'y était pas éleYéc à l'usage de signes conventionnels et idéaux comme représentation des choses, un système de cordcJettcs diYersement nouées et colorées en tenait lieu et scrYait d'aide-ml'.:moirc. Il conYicnt donc d'étudier l'empire des Incas annt celui du Mexique, lequel constitue un stade supérieur de dlh·eloppcmcnt. A l'arriYée des Espagnols, l'empire des Incas, c'est-a-dire l'unification des petites monarchies barbares, postérieure clic-même aux tribus et confédérations de tribus, aux clans et aux hordes, était opérée depuis cnYiron trois siècles. L'Inca, chef de l'Empire, était considéi:é comme le fils du Soleil. Cette croyance se rattachait aux plus antiques superstitions des populations sauYagcs antérieures. Dans leurs stades rudimentaires, les socictés américaines, comme toutes celles des autres continents, croyaient à l'existence d'esprits, d'un dl'.:doublcment du moi qui se manifestait dans le sommeil par les rêYes et qui naturellement s'opérait aussi après la mort. Leurs conceptions des corps anorganiqucs et des êtres organisés !'.:tantencore confuses, ils se figuraient les mouYemcnts de toutes choses comme déterminés par des impulsions directrices semblables à leur propre activité; leur monde était peuplé de la masse innombrable des ombres, des esprits des morts; mais des esprits vulgaires, le souYenir ne dépasse guère quelques générations; celui des chefs, surtout lorsque le chef est deYenu le maitre d'un puissant empire se perpetuc et s'agrandit dans les mémoires. L'image notamment du fondateur historique ou légendaire de l'État prend des proportions démesurées; on suppose qu'après sa mort, son esprit habite et gouYcrne ces grands corps célestes qui semblent être des yeux toujours ouYerts sur les choses d'ici-bas, comme l'œil du maître, de . son vivant, surveillait tout l'empire. L'esprit ancestral du chef est donc censé aYoir pour demeure le Soleil, animer et mournir le Soleil; il est le Soleil même. Dés lors, tous les successeurs du royal fondateur sont les descendants directs du Soleil. Les croyances politiques au Pérou avaient suiYi cc-ttc holution graduelle. Nous en trouYons les formes primitiYes en Amérique même; ainsi le chef des Hurons portait aussi le nom de Soleil; ceux des Natchez s'appelaient Rois-Soleils. Chez les Sonores et les MohaYes de l'Amérique du Nord, on croyait que les esprits habitaient les rochers et les collines; ceux des chefs habitaient, sur terre ou dans les cieux, les corps les plus considérables, les plus

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