La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE Cette dernière supériorité semblera discutable, et surtout la raison dont on prétend l'appuyer. Car si le point de ~,ue subjectif doit faire ressortir les rapports des sciences relativement à nous, comment ces rapports pourraientils être déterminés sans la notion aussi exacte et adéquatt- que possible de l'objet et du domaine de chaque science considérée en elle-même ? L'ordre inverse semblerait plus rationnel, qui subordonnerait le point de vue subjectif à l'objectif et ferait reposer tout l'édifice sur les rapports réels qui existent entre les diverses sciences. Mais cette conception, toute spéculative, et qui a été celle de la plupart des théoriciens du savoir humain, ne pouvait cadrer avec le dessein essentiellement pratique et encyclopédique que se propose visiblement M. de la Grasserie tout le long de son livre. Ce dessein se révèle plus clairement encore par cette circonstance que, dans la pensée de l'auteur, son ouvrage se relie à certains autres travaux, déjà publiés ou en préparation, et dont les titres seuls suffisent à montrer ses préoccupations pédagogiques (r). C'en est assez pour indiquer que nous n'avons pas affaire ici à une entreprise philosophique semblable à celle de Comte, d'Ampi!re, de Spencer, de ·wundt, et en général des penseurs qui se sont propose de dresser un tableau systématique des connaissances humaines en conformité avec une conception philosophique nouvelle et originale. L'œuvre de M. de la Grasserie est surtout, pour ne pas dire exclusivement, encyclopédique et pédagogique, et c'est comme telle seulement qu'on doit l'apprécier. Qu'elle ait sa raison d'être, personne n'en disconviendra; mais beaucoup, tous ceux en général qui n'aiment pas qu'on mêle les genres, - trouveront à redire à cette confusion du point de vue objectif et du subjectif sur laquelle l'auteur a prétendu construire sa classification, - si tant est que ce nom puisse être appliqué à une succession de tableaux synoptiques, qui représente bien plutôt un plan rationnel d'éducation minutieusement divisé jusque dans le dernier détail. Ajoutons que cette minutie même n'est pas sans prêter à la critique. La méhode de subdi,·ision de M. de la Grasserie ressemble de fâcheuse façon à ce fameux procédé dichotomique qui donne aux dé,·eloppements de la classification d'Ampère une symétrie si factice. A la vérité, ce n'est pas la dichotomie qui séduit M. de la Grasserie, c'est la triclJotomie; mais la méthode qui consiste à couper toute chose en trois n'est ni plus ni moins conventionnelle et arbitraire que celle qui prétend tout couper en deux. Un reproche plus grave pourrait être adressé à M. de la Grasserie: l'absence de toute recherche un peu approfondie sur la nature propre de la science et de l'art, sur leur rôle et la mission de l'une et de l'autre, sur leurs relations, tant statiques que dynamiques. Cette lacune en a entraîné bien d'autres, dont la moins regrettable n'est pas l'omission de toute la technique mécanique et industrielle tmétiers et professions), qui fait pourtant partie du savoir humain au même titre que la technique esthétique (beaux-arts et belles-lettres), et qui se relie naturellement à celle-ci, en même temps que l'une et l'autre se rattachent (1) Les vices de t:i11struclio1p1ublique e11 France, principalement de· l'instruction secondaire, 1885; - Réorga11isatio1d1e l'illslr11clio11 (en préparation).

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