REYUE DES LIVRES 123 nomie, voulant tout ·expliquer par la loi de la gravitation. Chemin faisant il s'arrête à des idées ingénieuses. « La religion, pour lui, n'est que la science générale, revêtue d'une forme sainte pour s'offrir à l'adoration des peuples. La politique l'attire enfin. De concert aYec Augustin Thierry, son secrétaire, il compose un plan de« réorganisation de la société européenne». Puis viennent les conceptions sociales. Au milieu du libéralisme régnant, Saint-Simon apporte des idées nouvelles, il prêche l'établissement de « l'industrialisme », société où la religion sera la morale scientifique et dont la deYise se formulera ainsi : « l'homme doit travailler ». « A une époque où l'ind_ividualisme débordait en politique aycc les libéraux, en littérature avec les romantiques, l'auteur du systéme industriel a recommandé la fraternité, l'association; lorsque tous les gens instruits se passionnaient pour ou contre le régime des deux Chambres, pour ou contre la liberté de la presse, il a montré quelles étaient les questions vraiment importantes. Et le seul moyen de les résoudre lui a paru être une réforme économique et morale en même temps ... C'est là, continue M. Georges \Veill, la caractéristique de la tendance française dont Benoît Malon, par exemple, le publiciste qui vient de mourir, était, à certains égards, le représentant; quand il opposait au socialisme marxiste le socialisme intégr.d, quand il réclamait une morale fondée sur l'altruisme de Comte et la pitié de Schopenhauer, n'était-ce pas un retour à la tendance française, à la tendance saint-simonienne? » Et nous, intégralistes, qui nous réclamons aussi de cette 1 tendance, qui rêvons du mieux par le juste, plus que par le nécessaire, nous remercions M. Georges ·weill de l'avoir illustrée encore, malgré son ton d'esprit quelque peu sceptique et décevant d'analyste, en faisant mieux connaître Saint-Simon, un des grands précurseurs, on peut presque dire un des prophètes du socialisme français actuel. PAUL LAGARDE. * * * De la classification objective et subjective des arts, de la littérature et des sciences, par RAOüL DE LA GRASSERIE, juge au Tribunal de Rennes. - Felix Alcan, 1893. Le seul énoncé de ce titre donne une idée de la complexité touffue de l'œuvre entreprise par M. de la Grasserie. Il ne s'est pas seulement proposé d'organiser systématiquement, « en une synthèse intégrale et détaillée, » toutes les formes de la connaissance et de la technique humaines ; il s'est flatté en outre d'utiliser, grâce à un éclectisme conciliant, tous les essais modernes du même genre qui sont devenus plus ou moins classiques, et c'est ainsi que sa classification se présente comme à la fois subjective et objective. Y aura-t-il donc deux classifications, l'une objective, l'autre subjective, et devra-t-on les construire tour à tour et séparément? Non, car elles se pénètrent, et il ne faut pas rompre leur union naturelle. Mais laquelle des deux devra prédominer? C'est la subjective qui devra encadrer l'objective, « parce que son étendue est plus vaste, qu'elle est moins abstraite et enfin plus sûre, puisqu'elle n'exige pas que nous connaissions parfaitement les choses en elles-mêmes. »
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