102 LA REVl,;E SOCIALISTE « Sociale, Youloir imposer les huit heures, sans un renouYellernent « préalable de l'orientation politique de l'Etat, sans un Yigoureux « progn'.:s de l'influence politit1ue et parlementaire des traYailleurs, « c'est simplement absurde; autant Yaudrait demander à la bourgeoisie « un suicide Yolontaire. » D'où la nécessité, en Italie, de se rabattre sur des buts plus proches : le droit de réunion, la liberté de la presse, la réalité du suffrage uni\·ersel. En Australie, où la loi des huit heures est un fait accompli, le premier mai ne peut aYoir exactement le même ; sens qu'en Belgique, où on lutte encore pour le suffrage uniYersel, qu'en Italie surtout, où les libertés les plus élémentaires sont impudemment Yiolées. « L'état de sit'.:geest chronique et général, la terreur « épidémique, la presse enticre baillonnée. De nos réunions, de notre « parole, de nos allées et Yenues, des droits les plus imprescriptibles « du citoyen, le premier sbire Yenu est arbitre et maître, et son inso- « lcnce est entourée de toute impunité. Le droit du « passage à tabac» « est ressuscité dans les prisons et dans les salles de police. L'impu- « dence de la réaction atteint des proportions fantastiques. A Monza, « l'arrogance des sbires est montée au point d'entrer dans une réunion <c priYée et de retirer un à un les billets d'inYitation personnelle, et de <c se procurer ainsi l'état nominatif des assistants. La loi du « pri11111111 « vivere, dei11de TOUT LE RESTE », s'impose à nous comme parti, et <c aujourd'hui cc qui est menacé, c'est notre Yic même, notre faculté <c de respirer. Quelles reYcndications economiqucs peut espérer le cc prolétariat dans de telles conditions? » Si l'on rapproche cette déclaration de la Critica Sociale des étudt:s de Colajanni sur la Sicile (r), on ne peut qu'aboutir à cette conclusion : en Italie plus qu'en France, et surtout en Allemagne, la question sociale se pose de plus en plus comme I uttc de classes. La réaction triomphante amene à sa suite une jacquerie. On a beaucoup blagué <c la lutte de classes ». On peut de même trouYcr un peu ridicules et périmées les réYoltcs d'esclaYcs et Spartacus; les choses ont certainement marché depuis. Mais du jour où des hommes libres, en grand nombre, se considcrcnt, à tort ou.\ raison, comme de Yéritables esclaYcs et se trouYent acculés à la réYoltc, cette réYoltc est bien prcs de dcYenir une réYolution. Taine, que les partis monarchiques ont peut-être à la légère considéré comme un des leurs, a, malgré ses épithctes péjoratiYcs et ses procédés de rhétorique réactionnaire, donné la meilleure illustration de la Ré\'olution française de 89 et de 93, en la représentant comme une forme plus élaborl'.:c, plus systématique des antiques guerres inexpiables. Les périodes hl'.:roïques, ht'.:las! ne sont pas closes. L'exemple de l'Italie semble lui donner raison. (r) I casi di Sicilia, par N. Colaj.rnni; la Riforma Sociale, mars 1894.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==