La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA QUESTION SOCIALE DEVANT LES CORPS ÉLUS 95 nincus que si un. h1inistère avait le courage de proposer la suppression pure et simple de la loi I 884, il réunirait, par l'union des conserYateurs de droite et des conservateurs de gauche, une majorité certaine. Mais on n'ose pas tenter ce pas hardi. On est bien réactionnaire, sincérement et ardemment réactionnaire, mais on ne veut pas que cela se sache. La plupart des députc'.:ssont pris entre leurs intérêts conservateurs et leurs déclarations et programmes: D'oü un désordre, une sorte d'incohérence, des entraînements brusques vers la réaction et des retours imprévus aux principes démocratiques. Dans la séance du 9 juin, la Chambre des Députés a définiti- .vement adopté le projet de loi relatif à la retraite des ou ni ers mineurs. Malgré les imperfections nombreuses de ce projet, le groupe socialiste avait décidé de le voter, afin de n'en pas retarder l'application. M. de Ramel n'a épargné ni les critiques, ni les amendements. Il est curieux de voir des royalistes si zélés en faveur des mineurs quand leurs représentants naturels, tels Basly et Lamendin, savent se contenter de peu. Peut-être pourrait-on dire à ce sujet : qui veut trop prouver ne prouve rien. L'éternelle question des vins et de la fraude dans le commerce des vins est revenue en discussion dans la séance du 16 juin. Il s'agissait d'interdire l'alcoolisation et le mouillage qui sont habituellement pratiqués dans l'intérieur de Paris. Certains députés de Paris, tels que MM. Berry et Millerand, ont énergiquement combattu le projet de loi. De leurs arguments, nous n'en retenons qu'un, qui nous paraît sérieux : - Est-il vrai que les chimistes du laboratoire municipal ne possèdent point de moyen certain qui leur permette de distinguer les vins mouillés des vins naturels? - Si la chimie est impuissante, le projet de loi est inapplicable : Mais, si le contraire est vrai, comment ne pas sévir contre des gens qui fraudent le trésor public en faisant entrer dans Paris, au tarif du vin, des alcools·d'industrie mêlés au vin, et qui, dédoublant ensuite ce vin artificiel, linent au consommateur une boisson malsaine. Les intérêts des marchands doivent passer après le souci de la santé publique : M. Salis a affirmé, du reste, que la plupart des debitants ne sont que les salariés et les agents des grosses ·maisons de Bercy, de sorte que le projet de loi ne menacerait pas tant la masse des petits négociants que certains gros capitalistes. Tous les orateurs ont été d'accord sur ce point : C'est que la meilleure solution de la question consisterait dans la réforme sérieuse de l'impôt des boissons et dans la suppression des octrois. Cette unanimité est intéressante à constater ; mais nous parierions volontiers qu'il passera beaucoup d'eau sous le pont et dans les boutiques des débitants avant l'application de ces mesures unanimement reconnues justes et utiles.

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