La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

94 LA REVUE SOCIALISTE cainc et démocratique; car cette politique est impossible en dehors du socialisme. Or, le socialisme est toujours l'ennemi. Plus les événements se dérouleront devant nous, plus nous verrons nettement se produire dans la cornue politique deux centres distincts de cristallisation : D'un côté, tous les éléments démocratiques se déposeront peu a peu autour du cristal socialiste, qu'ils grossiront énormément, et d'autre part, on verra s'accumuler autour du gouYerncmcnt tous les atomes et tous les partis conservateurs réunis. Le nouveau ministcrc était a peine constitué lorsque (séance du 31 mai) se produisit l'interpellation relative aux inYentions Turpin. Tout est bien qui finit bien, puisque la France ne sera point priYée de la décou\'crtc. M. Turpin est probablement un chimiste de génie, mais son talent de réclamiste est aussi très remarquable. En tous cas, retenons de tout ceci la conduite bien étrange des bureaux de la guerre. Il y a dans nos administrations publiques une série de petites oligarchies despotiques, qui ne forment pas un des moindres ornements de la société bourgeoise. Ces gens-la ne diraient pas comme les conYentionncls : « Périssent les colonies plutôt qu'un principe! mais : Périssent l::t France et les colonies plutôt que notre prétention à l'infaillibilité; et cependant, les bureaux de la guerre sont composés d'officiers, c'est-à-dire d'hommes pour qui le patriotisme est, non pas un simple dc,·oir, comme pour tout le monde, mais aussi un deYoir professionnel ». Le 4 juin, MM. Gabiet et Pclletan interpellent le nom·eau ministère sur sa formation. En effet, contrairement a l'axiome d'après lequel les membres d'un ministère doiYent être pris dans la majorité, on put remarquer que tous les membres moins un du noun~au cabinet faisaient partie de cette minoritc gui aYait été battue, en même temps que M. Casimir-Perier, sur la question des syndicats professionnels et du droit pour les ounicrs et employés de l'État de constituer des syndicats. La politique Casimir-Perier ayant été repoussée par la Chambre, on confia aux partisans déterminés de M. Perier le soin d'inaugurer une autre politique. C'était quelque peu contradictoire! MM. Goblet et Pcllctan eurent beau jeu et firent cette démonstration d'une façon éclatante. Épris de précision, M. Mirman eut la très bonne idée de demander au président du Conseil son opinion sur la question des syndicats. La réponse fut nette : Le président du Conseil promettait de Ycillcr à l'application de la loi de 188--1-D. ans certaines administrations de l'État, des syndicats existent de plein droit et on ne pourrait restreindre cc droit qu'au moyen d'une loi nouYcllc. Cette déclaration endormit les scrupules au moins apparents de la Chambre des Députés. Car nous sommes personnellement con-

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