La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

PSYC!-!OLOGlE DU MILITAIRE PROFESSIONNEL 93 l'état social, est toujours déterminé dans son activité, pa1 l'organisation sociale à laquelle il appartient, absolument comllle nos éléments anatomiques sont conditionnés par notre structure ou constitution corporelle. C'est ainsi qu'un officier est obligé de se soumettre aux règlements militair;s et aux nécessités circonstancielles, c'est-à-dire aux besoins de ses troupes. Ce qui rend le militaire criminel et nuisible, c'est, le plus souvent, le défaut de correspondance, lïnsolidarisation de l'organe militaire avec les autres organes sociaux. Le vice rédhibitoire des sociétés modernes, c'est leur tendance à exagérer cette antino111ie au lieu de l'atténuer. La conséquence, c·est pour le militaire professio11nel la perte de la notion de sa solidarité avec le reste de la nation. ,< Le civil encore plus que le subordonné, semble, au professionnel militaire, un étranger. Sans ètre considéré comllle d'une autre race, il apparait au professionnel comme un homme d'une autre caste, t')e pouvant ètre comparé avec lui qui a l'honneur de porter l'uniforllle. Un monde les sépare : !'Officier, le Pékin ainsi qualifié par une sorte de 111épris. « Il ya plusd'afftnité entre professionnels-militaires de peuples diff0rents qu'il n'y en a entre le pékin et l'officier d'un mè111epays. Il ne faut point s'en étonner puisque. le but des armées étant le 111è111eq,uel que soit le pays, l'éducation doit ètre et est analogue. quel que soit le pays. De cette éducation résultent un 111ème état d'esprit, une m~111~ manière de voir, des conceptions analogues, à peine modifiées par les ditlërences de caractères des individus et des nations. D'ailleurs cette analogie de profession, de classe. qui fait considérer co111medes inférieurs. des étrangers, ceux qui n'exercent point la 111èmeprofession, qui ne sont point de la mè111eclasse sociale, fussent-ils du mème pays, se présente dans un grand nombre de professions, de classes sociales. >~ Tout porte l'officier à se considérer comme « supérieur '> aux autres hommes : son éducation spéciale, sa vie de clan, son costume, son autorité, son code particulier. De là ses allures de bravade, ses f;:içons cavalières, sa brutalité et ses prétentions à ne relever que du jugement des semblables. L'auteur fait justement ressortir le role de l'autorité sur les déviations de la mentalité militaire. ,< li est un fait d'observation, c'est que tout être détenteur d·une autorité, partielle ou non. se trouve entrainé irrésistiblement vers l'abus. En général, l'homme, investi d'un pouvoir sur les autres hommes, méconnait la limite qui sépare l'abus de !'us. Cette méconnaissance, qui conduit les détenteurs de l'autorité à l'arbitraire et par suit.e à une criminalité considérable, encore qu'elle soit invisible pour la masse et niée par eli"e, ne surprend point le penseur; il sait, en effet, qu'il est quasi impossible de tracer les limites qui séparent !'us de l'abus. Cela dépynd de tant de circonstances qu'on ne peut à cet égard établir de

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