La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

92 LA REVUE SOCIALISTE qu'aucun individu ne 1nut vivre exclusivement dans un milieu déterminé. livré à un seul g.:!nre d'activité, sans que sa personnalité s'eJ1 ressente tout entière. Tout le monde l'adn 1et plus ou moins implicitement, mais il n'en n'est pas moins certain que nous avons généralement une grande tendance à méconnaitre les conséquences de cette loi commune, quand iI s'agit de ses efTets pernicieux sur certaines classes de la société gràce à nos préjugés héréditaires, à notre méconnaissance profonde de nos véritables intérèts. à une sollicitude incessante des intéressés. Les Rois et les prètres, les militaires et les magistrats ne se sont-ils pas toujours appliqués à :,e poser dans l'esprit des masses comme les vrais soutiens, comme les protecteurs, comme les defenseurs del' ordre social? Les excès de toutes sortes, les tyr_annies aveugles, leur insuflîsance et leur inutilité bien reconnues ont renversé les trônes; les négligences séculaires de la Providence à s'occuper du sort des honr mes ont fini p:u faire abandonner·le culte et les sacrifices: les prévarications journaiières, les complaisances insolentes d'une magistrature sen·ile sont en train de tuer le respect <r à la loi>'; la ruine que tout le monde préYoit en face des budgets écrasants du militarisme. la contradiction de plus en plus frappante, entre l'augmentation des armées et la soif de plus en plus générale de paix et de tranquillité: la divulgation journalière des faits et gestes de nos,< beaux militaires>' qui se trouv.2nt opérer successi,·ement sous les yeux de la nation entiàe, .::ontribuent singulièrement à entrainer les esprits à surmonter notre Yieux préjup·é du ,< militarisme comme ayant le monopole du courage. de l'honneur et du patriotisme. " L'impulsion ~st donnée. le mouvement se continuera. De nombreux faits symptomatiques révelent que« ce n'est point par patriotisme que le professionnel militaire exerce sa profession. Elle est pour lui un métier qui le fait vivre et en mème temps acquérir de la gloire, des richesses. des honneurs. On est militaire professionnel, comme on est industriel ou financier, par intérêt personnel sans qu'intervienne l'idée de dévouement a la patrie. D'ailleurs, en temps de paix. l..t patrie est bonne fille pour ces professionnels; elle les entretient sinon luxueusement, au moins suffisamment, sans qu'ils aient beaucoup de travail à faire. En temps de guerre les professionnels sont noyés dans la masse des militaires p:ir obligation et ces deux genres Liesoldats se déYouent autant l'un que l'autre, le premier~ayant l'espoir d'acquérir de la gloire et dc., honneurs, ce qui ne tente guère le cerveau de l'obscur soldat, réserviste, territorial. la veille encore civil. ,, Q.1ant à l'honneur et à la moralité. le livre de notre ami A. Hamon est largement documenté. L'auteur fait remarquer avec raison que " ces crimes, commis après la lutte, sont toujours perpétrés par une collectivité, jamais par une individualité. >' C'est là. en efTet, une remarqu~ importante, et qui prouve une fois de plus que l'homme, à

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