La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

94 LA REVUE SOCIALISTE règles générales: il n'y a que des cas particuliers que chacun doit résoudre avec son intelligence et sa raison. « Dans l'organisation sociale actuelle, tout déter1teur de l'autorité en est revètu pour ainsi dire d'une façon permanente; il en jouit vis-à-vis de toutes choses et de tout homme sans aucun frein autre que celui qu'il trouve en lui, car celui des lois, qui établissent l'égalité des hommes et le respect dù à leur liberté, est annihilé par la solidarité qui lie entre eux les détenteurs d'une autorité quelconque. De cela résulte que l'homme investi d'un pouvoir dépasse toujours !'us pour atteindre l'abus. Aussi quelques philosophes, profondément logiques, ont-ils déduit justement, de ce fait général, la nécessité de supprimer tout pouvoir, toute autorité, permanemment détenus par certains, ne laissant subsister que celui accordé pa; la collectivité pour des circonstances donné~s et cessant avec ces circonstances. « Ces abus du pouvoir, naturel à l'homme, s'exaspère avec le temps d'exercice de ce pouvoir. Le frein que, grâce à son sentiment de justice et à sa sensibilité, il pouvait avoir en lui, s'émousse avec l'habitude d'ètre au-dessus des autres. Sous l'influence de l'assuétude sedé\'eloppe, en son encéphale, la conception de sa supériorité sur le reste des humains soumis à son autorité; en mème temps agit l'imitativité qui le pousse à suivre l'exemple donné par les autres détenteurs de l'autorité. ,< La non-révolte de la g€néralité des victimes de ces abus, explicable par les empreintes des millénaires temps d'esclaves, fait croire à la justice, au bien <'leces abus dont les auteurs se trouvent ainsi conduits à persévér dans leur manière d'être. La révolte de quelques-unes de ces victimes n'est suggestive que pour quelques détenteurs de l'auJorité; alors, suivant le degré d'atrophie où leur sentiment de justice et leur sensibilité ont été amenés par l'exercice du pouvoir, ils écrasent vunissent ces révoltés afin d'empêcher d'autres révoltes ou bien ils se jettent eux-mêmes dans le camp des révoltés. Ceux-ci sont l'infime minorité, les plus élevés en intellectualité et en moralité. ,, Toute idée d'autorité_ est accompagnée de l'idée de possession, mème quand il s'agit des personnes. Ainsi le père dit: << mes enfants»; le patron : « mes ouvriers >>; le fonctionnaire: « mes administrés,,; le bourgeois: cc mes domestiques »: l'instituteur: ccmes élèves>'; l'officier:« mes hommes». « La.possession des choses implique l'us sans limite de ces choses; le possesseur peut les briser, les détruire, cela lui appartient, il en est le maitre. Telle est la conception actuelle, tel est le droit contemporain, à peine modifié du quiritaire romain. L'idée de possession pour les êtres animés devait conduire logiquement au même résultat et il en a été ainsi car l'esclave était la chose du maître. Il en est ainsi encore de nos jours car l'observateur constate que pour grand nombre <j.epa- _

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==