88 LA REVUE SOCIALISTE qui aura lieu l'an prochain et dent cdui de Zurich n'aura été que la onférencè préparatoire. Rappelons aussi que c'est M. Eugène Guérard, secrétaire général du Syndicat des chemins de fer. qui est chargé du rapport général. M. Guérard a joué un rôle prépondérant dans le mouYement qui nous occupt. C'est un homme jeune. trente-quatre ans, à la physionomie ou,·erte et intelligente, douce et sérieuse. Parisien de naissance, il fait plutot l'effet d'un Français de nos provinces de l'Est. Il n'a ni l'accent gouailleur. ni le geste ïdondant: ne recherch~ point l'emphase et ne culti,·c pJint la f.1conde: médiocre ea dcs genres où nous excellons lÏhabitudc. sa parole est calme et simple: ses manières sont sobres: causer et convaincre suffisent it son ambition oratoire. C'est sans doute à cela qu'on doit attnbuer l'inf1uence très solide qu'il possède sur son milieu. Il ne faudrait cependant pas crnire '-lue la sobriété chez lui cache J"al,scnce de tempérament: - cc calme ne l'a pas toujours été. Destiné par sa famille au commerce. il était accessible à d'autres entrainements; son rêve co11\"oitait d'autres clump. de b:'lt,1il\es. A peine ses études commerciales ter,ninées à l"aYenue TruJain~. il s'engageait a dix-huit ans, mais s~ pliant malaisém-:nt i1 une existence où la subordination à des règlements trop souvent stupides tient la plus grande place, il fut cassé du grade de sous-officier rapidement conquis et connut la paille vraiment hurnid.:: du c:tchot militaire. Estimé malgré tout de ses chefs qui ne voyaient dans St.!S -:.:arts qu'un débordement de s.::,·c juvénile, il quitte le ~ervice, bien noté. ai)ï~.:i ,1\·oir fait son temps, -t entre au chemin de fer du Nord: il y conquiert une belle situation comme dessinateur, puis ~pouse une ch:urnantc j.::une femme. La paix entrait dans sa vi.::. mais non l'e.,prit de sournission, comme la suite le fit \ (.;.i r. Tout en con~tatant lc caractàe indépendant de Guérard et en re- ~rettant ses opinions soci,tlistes, !"administration n'aurait eu garde de se priYcr d"un employé :tussi utile, jusqu"à cc qu'il lui eut mis, suspendue su:· sa tète. la terrible menace du Syndicat. Guérard fut un des plus ardents à propager cette institution naiss.tnte. Lorsqu'éclata la grève de 1891, il voulut d'abord s'y opposer, mais sans succès. Cette résistance le consacra meneur. La grève ayant échoué, une grande prostration en fut la conséqu~nce. Guérard s·appliqua à recueillir et à resouder les tronçons d'énergie dispersés; il remonta le moral affaissé et fit paraitre, dans ce b~1t, une brochure sous son nom. Cette fois, la mesure. était comble. L'ardent propagandiste reçut sa révocation. En revanche, le Congrès national qui s'assembla en 1 892 le choisit pour secrétaire général du Syndicàt, fonction qu'il occupe encore aujourd'hui. Des lors, son existence est intimement liée à celle de cdte institu-
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==