La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

75o LA RE\'CE SOCIAI.ISTE s'entassent les ossements des fédérés Yaincus. Grimaçants, les squelettes tressaillent, dans la nuit lourde, pendant que l'un d'eux, dressé, leur signale à l'horizon, derriére la Yille noire:, un filet de sang, mince et long qui s'étale, lueur naissante de l'aube, premiers rayons du grand Jour pour lequel tous ces spectres ont donné leur \'ic. Au-dessous, cette bren~ légende d'actualité : « Il faut des régiments entiers pour aarder ces morts-là. » 0 Des Yers bien frappés, une ,·igoureuse estampe, et \'Oilà qui fait mieux, pour fixer dans l'imagination de tous un SOU\'enir rc\'olutionnaire, que de sa\'antes compilations historiques, Yoire même d'éloquents discours; les uns et les autres s'adressant forcément à un public trop restreint. Puisque nous parlons de poésies, ne laissons pas passer sans le signaler un sonnet de M. Jules de Marthold, dans l'hrnATIO:--' (numéro de mai). C'est un Ern11gile, mais trés moderne, à la façon des tableaux de M. Je:111Béraud, un éY::rngileen quatorze \'ers, dont le dernier, dans sa noblesse et sa simplicité est tout un systcme de morale. - Comme Jésus passe, un homme, suppliant, l'arrête:« Conseille-moi, Nazaréen, le dcsespoir me brise! Que faire? J'ai perdu la foi, j'ai flétri mon âme. » Alors J~sus, tn'.:s doux, et le regard 3u ciel Dit it c.:: 111.1lhéurcux: « Cours cmbrnss.::r ta mère. » Mais toute poésie n'est pas enfermée dans le cadre un peu étroit des rimes. 'ous en a\'ons une cclatante preuye dans les pages de M. Saint-Pol Roux, a la REYCEBtA:--'CHE;c'est là d'ailleurs de la prose brillante de ml'.:taphores et d'où le rhythrne n'est point banni. Sous cc titre, le F11111ier, l'auteur nous trace eloquemmcnt, en traits puissants et sobres, la peinture du paysan actuel, de sa misére et de ses tristesses. * * * Ainsi, sui\'ant la marche générale des idées, les poétes et les dramaturges affirment les théories nom·elles de liberté et d'émancipation. Cela n'est pas pour enthousiasmer la REYCE DES DEcx-MoxoEs et, dans son numéro du 1 5 anil, M. Edouard Rod fait, :\. propos de Gerbnrdt Hrwpt111n1111 quelques réser\'es sur le talent de celui-ci. Elles insinuent simplement que l'auteur des Tissern11ds est un esprit étroit, ne montrant dans son œm-re la réalité « que déformée ou rétrécie »; un sectaire « ayant au fond de lui-même des théses arrêtées, qu'il s'obstine :'t ne pas aYouer, en sorte qu'elles n'en faussent que daYantage sa vision des choses » ; un heureux, enfin, et un habile faisant scn·ir à la gloire d'un groupe littéraire, auquel il fallait un chef, les inspirations mêlées de Zola et d'Ibsen. A part cela, l'auteur doit a\'ouer que

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