746 LA RE\TE SOCIALISTE tion industriclk qui gagne; mais que penser des riches eux-mêmes, qui economisent des enfants pour ne pas diminuer leur habituel bien-être et qui, sans necessite, sacrifient ù l'esprit de lucre les lois de nature? M. de \\'eindel a donc sagement agi en posant deYant nos esprits cc problème de la depopulation à c:rnsc de l'argent, et là surtout nous demandons cc qu'il faut penser d'un bat social qui rend presque neccssairc chez quelques-uns cette renonciation aux lois de l'être et qui y excite les autres, à cause des idecs de luxe et des complexites d'existence ? Cc sont les mèmes complcxites qui, dans l'E11gre11nge, la pièce si logique et si naimcnt humaine de M. Eugène Brieux, poussent un honnête homme à faire insensiblement le sacrifice de sa loyaute. Il vivait de son tranil, en province, sevère pour lui-même, bon pour ses om-ricrs, content de son existence simple, décidé à ne jamais transiger avec ses idées politiques et sociales. L'affection des gens de son pays l'envoie ù la Chambre. Son usine, moins attentivement dirigèe, periclite au moment oü sa vie nouvelle it Paris exigerait plus de ressources. Il s'endette, la gène le menace, sa situation d'homme politique rapidement en nie necessitc un train coôtcux. Sa vanitè l'empêche d'y renoncer. li fait d'abord quelques sacrifices d'opinion, par amour-propre, sans s'en rendre compte, dupe lui-même, pcrs.uadé que ses idees se metamorphosent, non sous l'influence d'une atmosphère de làchcte, mais parce qu'il reflechit et comprend mieux. Il consent bientôt à des transactions de loyautè, ù des compromis avec sa conscience, dans Je besoin impericux qu'il a d'argent pour sa Yic plus compliguee, pour le luxe de sa femme, et pourtant c'est un homme probe; aussitôt qu'il ·prend conscience de sa progressive dégradation, il se repent, se juge impitoyablement et restitue les sommes mal acquises. S'il avait Yècu une vie plus simple, moins ambitieuse, dans une atmosphère moins deprimantc, il n'cùt pas connu la decheance. L'argent, les exigences d'une existence d'apparat ont vaincu cette loyaute. Que sera-cc pour ccu'\. qui ne sont pas nativement bonnètes? Il est commode, evidemment, de dire que ces gens sont coupables et qu'il faut leur être impitoyables. Sans doute, ils sont coupables; mais ne doit-on pas se prèoccupcr d'organiser un etat social oü la Yic sera plus simple, plus pres de la nature, où l'argent, cause de toutes les infamies, n'aura plus cette prèpondèrance, où l'homme reccna de son tr,wail un salaire suffisant pour être un homme et où les gens, plus riches, pènetrès d'une morale plus haute, ne tourneront pas tous leurs regards et toutes leur~ espèrances vers l'or et les inutiles jouissances de luxe ou Je Yanitè que l'or permet. GEORGES LECOMTE.
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