THÉATRE ï43 naturellement du monde, avec une perversité sans effort qui montre que sa déchéance n'est pas une anomalie, mais une conséquence logique d'un état social. Cc mari et cette femme sont pourtant deux C:trcs qui, dans une société plus scion la nature, auraient pu être heureux l'un par l'autre. L'homme est bon, affectueux, la femme se serait laisse gentiment g:i.tcr. Aucune antinomie morale ne les sépara_it, et quand la femme se don1Je :i. un autre, cc n'est pas par une réYoltc de sa tendresse méconnue, pas pour une blessure d'affection. Elle court à l'infidélité sans clan sentimental, mais par besoin de luxe. Sans l'argent, ils eussent Yécu hcureux d'un bonheur tranquille et simple. Mais la femme, pen·crtic par l'atmosphérc contemporaine d'cffrénée jouissance, ayant des ambitions Je bien-être que lui interdit la fort½me de son mari, méconnait sa paisible félicite et se rue, non à la Yoluptt\ dont elle n'a cure, non :i la tendresse, puisqu'il n'y a pas entre les époux de désaccord sentimental, mais à la coquetterie Yenale, qui donne des dentelles et des bijoux. Le Theàtrc d'autrefois nous montrait des femmes en lutte aYec leur passion, aYec leur besoin d'aimer, n'oubliant la foi jurée que par une folie d'amour. Le Théùtrc contemporain nous fait \'Oir, en ses fidclcs interprétations des phenoménes moraux, des femmcs n'ayant d'autre frénesie que leur cupidité. Les jolis et légitimes abandons p:u tendresse deYienncnt rares au Thé.itrc, parce que de moins en moins ils se produisent dans la \'ic. La chute n'cst plus qu'une froide spéculation pour la conquètc du luxe stupide et laid dont on ne Ycut plus se prin~r. C'est parfois aussi pour la conquètc d'un peu de pain. Et c'est cc que Mm• Paule Mink a fortement indique dans sa recente pit'.:cc rcprescntée au Tbé,itre d1• /';/ri Socin!. Son esprit lucide fait le procés de l'argent, et son ;1111gcént'.:reusc, qui sent le désespoir dcs misérables, réclame l'indulgence pour leurs defaillanccs, souYcnt si légitimes. Ils ne sont pas responsables, moralement, des actes auxquels les contraint la misére. L'organisation sociale, qui les déprime et les affame, le farouche écrasement par l'argent, et surtout les bouleYcrscments qu'apporte dans les idces morales les théories Je l'enrichissement et de la jouissance, d_oivcnt ètrc accusés tout d'abord. Que deviendraient les plus honnêtes dans l'angoisse de la mist'.·re ? Auraient-ils la force de rester probes ? Seraient-ils longtemps défendus par leurs idées de justice et de droiture ? Que ceux qui se sont posé cette question et, dans la sincérité de leur âme, n'ont pas osé y répondre, soient indulo-ents aux fautes des malheureux! AYant de formuler le blàmc et t:> d'applique~ des lois, il faudrait modifier les conditions matcricllcs de l'existence, cc qui améliorerait aussitèt l'état moral et diminuerait les dé fail!an cc s. Comment n'être pas pris de pitié, lorsque MmePaule Mink nous
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