LA Qt;ESTIO:\" SOCIALE DHA~T LES CORPS ÉLl.:S 735 ment géncreux, à qui les collcctiYistes seuls songent scrieusement et qu'ils cherchent à entrainer. ftes-vous allés YOirau quartier latin les cours de socialisme, ou quelquesuns de nos collègues - et non des moindres par le talent - YOlltporter leur enseignement? Avez-vous compté le nombre toujours croissant des étudiants qui se pressent autour de ces chaires improvisées? Il n'y a pas bien longtemps que M. Lavisse, parlant de cet enseignement nouveau et se plaign:mt de voir celui de l'État si mal préparé à le combattre, écrivait dans les DJbats : « J'ai peur que, malgré tous nos efforts, nous ne continuions, fautt.: de prhoyance et d'une conception générale des de,·oirs présents, à façonner des épaves pour la dérive! » Moi aussi j'en ai peur, et je ne veux pas prendre ma part de cette responsabilité. Ce mouvement est partout : dans les chaires des universités, sur les bancs des facultés; c'est un flot qui monte et qui porte a,·ec lui la génération de vos successeurs. Elle s'avance vers l'avenir comme vers l'espérance, étrangère à nos vieilles querelles, ignorante de nos longues compétitions, n'y trouvant ni goùt pour elle-même, ni profit pour le pays, et cherchant ailleurs, dans le dhouement à la patrie commune, dans la recherche du problème social, l'orientation de ses destinées. C'est à elle qu'il faut penser, c'est pour elle qu'il faut parler et agir. Que lui donnerez-vous pour la conduire dans le chemin que nous aJlons lui céder? M. de Mun termine par ces paroles caractéristiques : L'œuvre d'aujourd'hui, la vôtre, monsieur le president du conseil, celle pour laquelle tant de sympathies diverses vous soutiennent au pouvoir, c'est la lutte contre lesocialisme. C'est vot1·elio1111eucro, 11111c'1eest votre clia1ge,et c'estpour vous 1111teradition defamille. (Applaudissementsironiques à l'extrêmegauche.) Nous nous rencontrons sur ce terrain, quoique en désaccord, sans doute, sur la lourde part de responsabiÎité que j'ai faite à la majorité de cette Chambre, ou plutôt, puisqu'il s'agit de lois Mjà vieilles, à celle des anciennes Assemblées. Quelque peu de prix que vous paraissiez attacher à mon concours, il ne vous fera pas défaut dans l'accomplissemeut de cette t:îche, car c'est l 'éternelle destinée des catholiques de soutenir, par devoir, pour la défense de l'ordre social, ceux même qui ne représentent pas leurs idées. Je ne prétends pas ,·ous donner des conseils, dont vous ne voulez pas, ni vous poser des conditions, que je ne suis pas de force à vous dicter. Permettezmoi, cependant, d:! vous le dire, parce que c'est, en conscience, mon devoir de le faire; permettez-moi de Yous le dire avec l'accent du patriotisme le plus convaincu : vous ne donnerez au pays la paix sociale que si vous lui donnez d'abord la paix religieuse. ( Applaudisse111enàtsdroite.) L'une et l'autre sont liées. Si vous ne vous attachez pas au seul point d'appui qui résiste encore, à la croyance religieuse, je crains que le dernier reste du ciment chrétien qui unit encore notre vieille société venant à tomber, la demeure n'en soit elle-même profondément ébranlée. ( Vifs applaudisse111e1à1ts drnite.)
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