La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

7H LA RE\'UE SOCIAI.ISTE toute crainte et Je contribuer du même coup à la continuation secrétcment espérée d'attentats si fayorablcs aux intérêts Je ceux qui ont peur de la démocratie. « Car il y a, comme l'a dit Jaures, au fond du régime « actuel (le rcgirnc dans lequel l'argent régne) une sorte d'immoralité << essentielle qui explique d'aYance et qui justifie, Jans une certaine « mesure, les subn:ntions payées à titre de primes. ii Jaures a heureusement caractérisé le double jeu de l'Église qui, d'une part, se présente am classes possédantes comme la seule force capable d'arrl'.:ter ou d'endormir les rc\·cndications socialistes et qui, d'autre part, semble se préoccuper des miséres OU\Ticrcs et se liHe ù des déclamations furieuses contre les patrons et les capitalistes que les plus Yiolents anarchistes signeraient Yolonticrs. Elle joue cc double jeu afin de gagner b confiance des deux classes et d'imposer aux deux sa domination. ,\prés la réponse insignifiante du garde des sceaux, M. de Mun est monté à la tribune: L'Église était attaquée ou démasquée, et le grand orateur catholique lui a apporté une fois de plus l'appui de sa parole un peu hautaine. Le parti socialiste, a-t-il dit, est <lcvenu pour la sécurité publique un danger permanent. Les catholiques doiYcnt prèter main-forte au gouYernement dans sa lutte contre le parti socialiste. \'oil:\ un langage nouYeau. M. de Mun rompt nettement a\·ec son passé; il se tourne Yers les partisans <le la conscr\'ation sociale. Il établit ou cherche ù établir une relation entre le socialisme et l'anarchie, filles, l'une et l'autre, de l'irréligion et de l'athéisme; pour lui, le collectiYisme est une erreur complctc et la seule solution du probléme social consiste dans le rapprochement des classes sous les auspices de l'Église. Tl accust: ml'.:mcle socialisme d'.woir arrl'.:téle grand mou\·cmcmcnt de sympathie pour le prolétariat et ses misércs qui, d'aprés lui, commençait ù se manifester. « Le besoin de la justice emportait tous les cœurs. « \'os doctrines qui effrayent, \'OSYiolcnccs qui épouYantcnt, dit-il en « confondant le socialisme et l'anarchie, \'Ont peut-çtre le tarir. il Plus loin, 1\1.de Mun émet cette idée juste et profonde:« L'a\'enir social se « jouera, dans cette rencontre suprl'.:me, entre le christianisme et le « socialisme. il Cc sont bien là en effet non pas peut-ètrc les deux ennemis mais les deux antagonistes irréconciliables; car le socialisme arrachera aux diYerses églises chrétiennes, humbles serYantes de la puissance et de la richesse, leur prestige menteur, réalisera lui-rnème sur tt:rre 1~ rl'.:Yegrandiose du christia_nis'me primitif et donnera aux :\mes cette Yie morale, dont le charme attache encore aux religions tant de cœurs d'élite. Seul le socialisme complétera et remplacera les religions en réalisant quelque chose <le l'idéal chrétien déserté par clics. Plus loin, ~1. de Mun s'émeut en songeant ù la jeunesse qui grandit, préoccupée du problérne social, abandonnée ù la dériYc, sans enseigne-

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