La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

L'E\'OLlJTIO); DE LA MORALE ment dite. D'où une subdi,·ision, que seule notre situ:nion d'intéressés autorise: l'Europe barbare. Ch. Letourneau remarque que, aYec bien des différences de détail, l'éthique a « rcYètu dans l'Europe barbare « une physionomie assez uniforme, sous l'influence combinée de trois « grands cour:rnts: la tradition légale et morale de l'empire romain, << les mœurs et coutumes des Gaulois, Germains, ScamlinaYes, enfin « l'influence grandissante et graduellement e,wahissante de l'Église « chrétienne i>. On est ici sur le terrain de l'histoire classique. On risquerait de se perdre dans les détails erudits, qui sont comme l':rnatomie specialc <lu sujet. Or, l'anthropologie doit s'en tenir aux grandes lignes. Cc sont peut-0tre ks plus difficiles ù dctcrminer scientifiquement. C'est pourquoi nous tenons :\ consen·er la cohésion relatiYe de la phase barbare prise d:111sson ensemble, sans en <lctachcr le bilan mor,1I de l'Europe barbare. Ici les préoccupations contemporaines apparaissent et l'unité de l'étude risque d'ètre rompue. Le quatrieme stade <le l'éthique, la morale industrielle ou mercantile, c'est l'époque mème oü nous Yi,·ons. Comment tracer les grandes lignes d'une éthique dont nous sommes la matiére et, en un certain sens, ks cn:ateurs? La constatation scientifique est remplacce par le débat politique. On pose des antithéscs pratiques. li le faut bien, l'économie politique, au sens traditionnel du mot, la tendance économique, si l'on aimc mieux, est mise en face de la tendance socialistc, « :\ moins d'une refonte soci;de, on peut prédire que les sociétés ciYi- « lisécs i l'europeenne périront de la moins glorieuse des morts, de « la mort par l'argent ». Tel est le résumé que donne Ch. Letourneau de l'cthique industriclle. Et Li bourse ici, c'est pour dire; il s'agit au fond de la Yic mèrnc, Je la base physique Je tout déYcloppemcnt. « Reprenant une célébre proposition dc Quételet, Maudslcy « a dit aYcc raison : « Il est pourt,1nt certain ,1ue fous et criminels « sont des articles fabriqués tout :iussi bien que les machines à Yapeur « et les presses ù indiennes. i> • otrc Europe moderne deYiendra-t-ellc de plus en plus une usine :\ fous et à criminels, produits sociaux, ·quoi qu'en dise l'école du criminel-ne et du fou hén:<litaire (r)? L'éthique industrielle, l'in<liYidualisme et la libre concurrence, comme on <lit, n'ont pas encore porte tous leurs fruits. Ch. Letourncau trace un tableau assez sombre des resultats acquis <lcjà. « En dépit des maximes « égalitaires ou é,,111géliques, prodiguées Jans les discours et dans les « liHes, il régne toujours dans la répartition des richesses une inéga- « lite flagrante, plus grande m(me parfois qu'aux pires <'.:poques (1) On ne nie pas l'anatomie ccrébrak en niant le criminel-né; pas plus qu'on ne conteste cette tautologie: l'hcrédité (qu'est-ce qu'un in<li,·i<lu peut bien être s'il n'est la résultante d'un nombre prodigieux de causes?), c>n contestant la Yali<lité des généralisations empiriques sur k fou-héréditaire.

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