La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

L'E\'OLGTION DE LA MORALE « qui leur ont donné des solutions enfantines. >> (r) A ces solutions, en effet enfantines, Ch. Lctourncau substitue de curieuses constatations que nous ne pouYons reproduire, le détail en serait long (2), et des conclusio;is fermes que nous dcYons souligner, car l'auteur y attache aYCc raison une grande importance. A la longue, toutes les bonnes institutions dégénercnt : comment le cannibalisme primitif est-il tombé en désuétude? Nous Youdrions citer toute cette analyse, aussi fine que profonde : comment le cannibalisme nait et persiste partout où il est strictement nécessaire; comment, aprés avoir cessé d'être nécessaire, il subsiste comme prérogatiYe des chefs, surYivancc symbolique; comment il tend à disparaître par la force mèmc des coutumes qui tendent, en apparence, à le perpétuer. Dans les archipels polynésiens, où « s'entremanger n'est pas absolument nécessaire, la « chair humaine est séYèrcment interdite aux femmes et souYcnt aux « gens du peuple en temps de paix. Par conséquent, dans tous les « archipels polynésiens, où l'usage de la chair humaine a été rigou- « reuscmcnt interdit aux femmes, elles ont dû nécessairement finir par « n'y pom·oir plus songer sans une répulsion instinctiYc. ,De cette « éducation, continuee aYcc pcrséYérancc, il résulte chez la Polyné- « sienne la formation d'un Yif dégoût pour la chair humaine. Mais les « hommes héritent, dans une large mesure, des penchants moraux ou « immoraux de leurs mcres; par conséquent, par la seule influence « héréditaire, les Polynésiennes ont ·dù modifier leur descendance m:1le, « la moraliser au point de \'UC du cannibalisme. Les aristocrates et les « prêtres de la Polynésie ont donc été, en cette occasion, des morali- « sateurs aussi efficaces qu'inconscicnts. Sans y songer le moins du « monde, ils ont préparé la naissance d'une lointaine génération ayant « pour le cannibalisme un éloignement inné (3). On pourra, comme on l'a fait (4), trom·cr insuffisant le cannibalisme comme signe distinctif d'une cspéce morale, d'un type éthique, lui désirer le titre de caractére dominateur, suivant la methodc chére aux classificateurs à outrance et à Taine, dans sa Philosophiede l'A ri. Ch. Letourncau, se plaçant au point de vue de l'evolution, n'aura pas de peine à répondre que cette méthode des de Jussieu et de Taine est à l'antipode de sa méthode, et qu'il ne sait cc que c'est qu'un caractérc dominateur, encore moins cc que peut bien être une faculté maîtresse. Un fait accidentel même, s'il a des répercussions vastes et Yariées, lui ·paraitra sans doute plus dominateur que toutes les abstractions des (r) L'Evol11lio11de la morale, p. Iï7· (2) L'Et•olulion de la morale, p. 97 et suiv:i.ntcs. (3) Le fait esi it noter. Au cours de ces études, dit Ch. Letourneau, j'en aurai plus d'un autre du mème genre it signaler. L' Evol11/io11de la morale, p. roo. (4) Revue phi/osopbique, janvier 1887, article de Fr. Paulhan • •

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