La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

710 LA RE\TE SOCIALISTE L'ÉVOLUTION DE LA MORALE D'aprcs CH. LETOURNEAU L'é,·olution a plusieurs sens ; elle en a même une infinité. On peut les réduire proYisoirement i trois principaux: l'éYolution idéaliste, celle des facteurs d'ordre mental, les seuls admis en dernière analyse; l'éYolution :'tdouble face réagissant l'une sur l'autre, matière 1:tesprit; l'éYolution matérialiste proprement dite. Sans trop presser les termes et sans remonter trop haut dans l'histoire, on peut citer comme représentant de l'éYolutionisme idéaliste, ;\[. ;\. Fouillée; comme tenant de l'éyolution :\ double face, action et réaction mutuelles de l'ordre interne sur l'ordre externe, H. Spencer et Taine; comme champion de l'éYolutionisme matérialiste, Ch. Letourneau. Le monisme est au fond de l'érnlutionisme, tant idéaliste que matérialiste. Le dualisme est i la base de la doctrine de Spencer et de Taine; or, le dualisme nous parait une position peu tenable. Il supprime l'idée du Tout, et sans l'idée du Tout pas de philosophie. La lutte parait donc aujourd'hui circonscrite entre le monisme idéaliste et le monisme matérialiste. Il ne peut être, semblc-t-il, question de ces conciliations supérieures où se plaisait Leibniz et où excelle i\1. A. Fouillée. Tout concili1:r, c'est tout confondre. Les philosophies un peu nettes n'aiment pas à être conciliées ainsi. Dans sa Yaste encyclopédie sur l'éYolution (morale, mariage et familk, propriété, politique, juridil1ue, religieuse, littéraire), Ch. Letourneau se place au centre même de la doctrine, qu'o1J peut justement appeler éYolutionisme matérialiste. Il ne la déYeloppc pas abstraitement, il ne la soumet pas à la discussion contradictoire, si chère aux dialecticiens de profession. Il l'adopte et l'illustre. Il la prouYe indirectement par l'ordre même que cette hypothèse met dans nos connaissances, par l'explication qu'elle nous donne du passe, par

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