La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LUTTE OU ACCORDPOUR LA \'IE therium, dinotherium, etc., dont quelques-uns avaient quatre mètres et demi de haut, ont succombé ; au contraire, écureuils, chauvesouris, cerfs, licnes, singes de ces cpoq ucs lointaines, ont perpétué leur espèce. Il en est de même de nos jours. Mais on ne conteste pas <l'ordinaire que la force physique ne soit pas une garantie suprême de survivance. Prom·ons que l'accort! entre individus contribue plus efficacement au maintien de l'espécc. Quelques exemples suffiront. Les grands. cétacés diminuent en nombre. Au contraire, les sau- • mons, les harengs, les morues, les sardines, les maquereaux, les thons, les sargues, les rougets, les congres, etc., sont en nombre considérable. Sans doute leur fécondité est prodigieuse. Mais ne doiventils pas d'avoir subsisté a leur pouvoir d'association? On sait qu'ils voyagent en bandes immenses. Ces bandes semblent organisées en vue de la défense (il ne saurait être ici question d'attaque). En tous cas, ils semblent s'accorder alors a merveille. Les saumons, par exemple, en montant les rivieres, forment un triangle, en tête duquel est une femelle de forte taille. Les plus gros mâles viennent ensuite ; la base du triangle est formée des plus petits poissons. S'il est téméraire d'affirmer a cc sujet que l'association est un facteur plus efficace de l'holution que la force physique, les oiseaux et les mammiferes nous offrent des cas plus concluants. Considérons les oiseaux. Quelques-uns, très vigoureux, le dronte, le solitaire des îles Mascareignes, n'existent plus. Le canar<l, dont l'organisation est paune, est au contraire, en raison de sa sociabilité, en train d'envahir la terre. Le pigeon voyageur d'Amérique peut défier les plus grands oiseaux de proie. Ses associations sont phénoménales. La bande a souvent I kilo·- mètre de large et IO a r 2 kilomètres de long. Wilson évaluait a plus de deux milliards le nombre des individus composant une de ces agglomérations, qu'il vit passer dans le Yoisinagc d'Indiana. Audubou, sur les bords de l'Ohio, en vit un vol immense dont le défilé dura quatre jours. La lumière du soleil, dit-il, en était obscurcie, et la fiente tombait drue comme des flocons de neige (La Nature). On connait la rapidité avec laquelle le moineau s'est propagé en Amérique et dans les colonies anglaises, ou les oiseaux de proie n'ont pu les exterminer; ils lutt.ent au contraire en troupes, et souvent avec succès, contre le grand faucon même. Quant aux faucons, Sicverstoff, cite par Kropotkin<', en mentionne certaines espèces, douées d'une « organisation presque idéale pour le brigandage » et néanmoins en décadence, tandis que les faucons sociables ·prospcrcnt. Les mouettes, les sternes, les pluviers, les canards sauvages, etc., sur les cotes de la mer ou de !'Océan, n'ont pu ètrc dclogés de leurs demeures par des concurrents plus forts et plus rusés. Organisés en bandes compactes, ils repoussent les grands brigands des airs.

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