La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LGTTE OU ACCORD POl'R LA YIE Mais allons plus loin. Consultons d'autres faits. Un examen approfondi des choses nous laissc-t-il cette premiérc impression d'un combat a outrance, sans frein ni régie, oi.1tous les combatt:rnts sont autant de frércs ennemis, où le Yainqucur d'aujourd'hui est dcstin'é a dcYcnir le Yaincu de demain? Et serait-il possible, comme on l'a écrit, que le progrés côt la bêtise pour cause, et pour moyen, b force sous tous ses aspects : guerre, injustice, tyrannie, etc.? (Alex. Dumas, lettre citée.) Cc spectacle, d!un désolant pessimisme, donnerait gain de cause a un Léopardi, a un Schopenhauer, a un Hartmann, a un Bahnscn; l'âme la plus courageuse perdrait toute foi, toute espérance, s'il ne fallait Yoir dans l'uniYcrs que cette affreuse mêlée d'êtres condamnés à se faire une guerre ctcrncllc. Mieux yaudrait l'extinction de la Yic, l'anéanti~scmcnt uniYcrscl, le suicide cosmique, rêYé par une certaine métaphysique allemande. Mais on peut citer d'aussi nombreux exemples d'accord réciproque entre indiYidus de la même espccc ou entre indiYidus d'cspéccs différentes qu'on cite de cas de bataille et de lutte. C'est donc que l'éYolution a d'autres conditions que la lutte. Examinons s'il n'y a pas une condition supérieure, gri'1ceà laquelle la surYinncc des indiYidus et le progrcs des cspéccs ont été assurés. Il y a sans doute des conflits perpétuels; mais la description qu'on en peut faire, quelque affligeante qu'elle soit, est une nie incomplétc des choses. Dans la lutte entre les moutons et les loups, dit M. Constance (La lu/le pour l'exis/e11ce, p. 4), le triomphe est toujours assuré au loup et cependant la race oYine n'a pas été détruite. Ainsi les indiYidus les mieux doués pour la lutte, les plus aptes, par leur organisme agile ou vigoureux, à Yaincrc des concurrents moins bien fayorisés par la nature ne sont pas toujours ceux qui ont perpétué leur cspèc~. Dans le cas que nous ycnons de citer, la domestication, qui est une sorte d'association imposée par l'homme à l':111imal, a préscrYé les moutons contre des adYcrsaircs mieux armés qu'eux pour le combat de l'existence. Cc ne sont donc pas les avantages, ou, pour mieux dire, les instincts de combatiYité accumulés au cours des figes, perpétués par la sélection et transmis par l'hérédité, qui ont empêché le moins apte de succomber ou assuré son triomphe, - et cc ne sont pas non plus' ces mêmes instincts qui ont seuls retardé jusqu'a nos jours la disparition de quelques cspéccs Yigourcuses. Nous constaterons au contraire que les êtres les plus aptes à surYiYrc sont ceux qui s'cntr'aidcnt. Ils atteignent en effet, chacun dans sa classe respectiYe, « le plus haut degré de l'intelligence et le plus grand développement de l'organisation. >> (Kropotkine, Société 11011velle, ja1wicr-fé\Tier r 892.) L'accord, la coopération, la solidarité, « l'appui mutuel», est donc aussi une loi de la nature, et son rôle est plus efficace que celui de la concurrence, parce qu'il ((fayorisc le •

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