La Revue socialiste - 1894 - Tome XIX- vol 01

LA RE\TE SOCIALISTE tion (p. 231 et sui\·.). Or, l'union des forces suppose au moins la cess;1tion de la lutte entre les forces associces. Cette cessation de la lutte est elle-même caractcrisce par des progn:s qui n'ont rien de .commun aYec la lutte. En tous cas, - sans recommencer à propos de chacune de ces causes de l'c\·olution la discussion guc nous ayons faite de la plus importante de toutes au point de nie transformiste, c'est-à-dire de la guerre, - n'est-il pas cYident que si quelques-unes, l'adaptation par exemple, sont des modes de la lutte pour la Yie, d'autres, comme l'imitation, la pratique imposce des rites gui portent bonheur, etc., y sont difficikmcnt réductibles? Bagehot distingue aussi un ùgc de la discussion,. qui suit l'ùge de la guerre. Si la discussion est une forme de la lutte, elle est de nature moins brutale, moins meurtrière guc la guerre, et a pour tendance la réalisation de l'entente sur ks questions qui intéressent les parties en conflit. De plus, l'auteur ecrit à diYcrses reprises (p. Iïï, 202, 203) que la discussion a une importance capitale dans l'e\·olution du progrès bien caractérise. N'est-cc pas reconnaître que le mérite militaire n'est pas un gage suffisant du mérite réel. Aussi bien Ragchot se dernande-t-il jusqu'à quel point les nations les plus fortes sont reellernent les meilleures. Il declarc ne pou\·oir faire ù la question qu'il pose une réponse complète (p. 85-Sj). Il ruine l'argumentation de son ounage. Enfin il imagine une ère future 01.1 les peuples deHont leurs progrés à d'autres moyens que la guerre, quoique la guerre puisse continuer :\ jouer son rolc (p. 81 et suiY.). Spencer n'est pas moins explicite. Il remarque que la Yic industrielle, qui implique cooperation et solidarité de plus en plus Yastes, tend de plus en plus à prendre la place de la Yic gucrri0rc. Hœckcl lui-même, l'apôtre le plus intolcrant du danYinisme, reconnait que la lutte pour Yine, dans l'espèce humaine, <le\·icnt de jour en jour une lutte intellectuelle, de moins en moins une bataille a\·ec des armes meurtrières (Créai. 1111/., p. r 55), et il répudie, aussi bien que Spencer, le militarisme. NoYiCO\Y (Pol. i11t.,L11ttese11/reSociétés) soutient que la guerre n'a jamais cté utile, même contre l'e1wahisseur barbare; il constate l'attenuation progressiYe des fureurs de la lutte et conclut qu'un jour Yicndra 01.1 la concurrence entre les nationalites se fera par la propagande intellectuelle, comme clic se fait aujourd'hui par les armées. i\lais, dans l'hypothcse qu'ils défendent de la nécessite <le la lutte sans trèYe, ces sociologues sont-ils autorises à foire tant de reserYes? Ont-ils le droit surtout de faire des rêYes de pacification et de fédération uniYersellcs? Sur cc point, comme l'a remarqué a\'ec justesse l\1. RenouYier (Cri!. pbil., t. YI, p. jO-ïI), leurs affirmations sont plutôt« fondêes sur l'espl'.-rance » que scientifiquement induites d'aprcs l'experience du passe.

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